samedi, janvier 24, 2026
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Dialogue absent : les avocats face au gouvernement… Qui fixe les règles ?

Il n’est pas nouveau qu’un projet de loi régissant la profession d’avocat suscite un débat intense au sein du corps professionnel. Ce qui est nouveau cette fois-ci, c’est le silence gouvernemental face à des demandes claires de dialogue, émises par un acteur central du système judiciaire, légitime par son histoire et son rôle constitutionnel.

L’Association des barreaux du Maroc ne parle pas d’un simple désaccord technique sur certains articles. Elle dénonce l’absence même d’une véritable procédure de concertation. Selon ses déclarations, le gouvernement n’a pas encore invité les représentants des barreaux à discuter des évolutions du projet de loi. Pour l’Association, ce silence constitue une atteinte directe à l’esprit de l’approche participative censée encadrer l’élaboration des lois, surtout celles touchant des professions liées aux droits et libertés.

Escalade… choix contraint ou message politique ?

Le programme de protestation, incluant la suspension de certaines prestations professionnelles à des dates précises de janvier, ne se lit pas seulement comme un moyen de pression syndicale.
Il s’agit également d’un message politique et institutionnel, signifiant que l’adoption d’une loi de cette ampleur sans consensus pourrait générer des tensions plus larges au sein du système judiciaire.

Loin d’être une fin en soi, cette escalade apparaît comme un outil pour rétablir le dialogue. L’Association conditionne la suspension de ses actions à la manifestation d’“une volonté réelle” de négociation institutionnelle, visant un compromis respectant l’indépendance de la profession tout en permettant la modernisation du système judiciaire.

Entre les lignes : crainte d’un précédent plus que du texte

Les déclarations du président de l’Association, Hussein El Yezani, sont mesurées, mais traduisent une inquiétude profonde.
La crainte d’un “processus imposé” ne concerne pas seulement le contenu du projet, mais la méthode de son élaboration. L’alerte sous-jacente : toute législation contournant les principaux acteurs pourrait créer des répercussions juridiques, institutionnelles et sociales difficiles à maîtriser.

La Constitution de 2011… une référence différée ?

La référence au cadre constitutionnel de 2011 dans le discours de l’Association n’est pas anecdotique.
Elle constitue un repère éthique et juridique pour questionner la méthode et non les intentions. Lorsque le président insiste sur le fait que “la profession d’avocat ne peut être domestiquée”, il ne s’agit pas d’un rejet de la réforme, mais d’un refus de vider l’indépendance de son contenu, transformant la profession en simple fonction technique subordonnée à l’autorité.

Dans ce contexte, l’indépendance professionnelle devient un prérequis pour la protection même de la justice, et non un privilège corporatif.

Entre fermeté et ouverture… un équilibre délicat

Malgré la fermeté affichée, l’Association réaffirme son attachement au dialogue et au consensus.
Cet équilibre entre rigueur dans les principes et ouverture au débat reflète une conscience que toute confrontation frontale pourrait nuire à l’image de la profession et à la confiance du citoyen dans la justice.

En parallèle, il est clair que le corps professionnel ne souhaite pas assumer les conséquences de décisions imposées sans sa participation. Cela explique l’unité affichée des avocats marocains, présentée comme une vision et une responsabilité partagées, et non comme une réaction conjoncturelle.

Conclusion ouverte

Ce qui se joue aujourd’hui entre le gouvernement et l’Association des barreaux ne se limite pas à un différend sur une loi. Il s’agit d’un test réel des limites de l’approche participative au Maroc.

Soit les canaux du dialogue sont rouverts, en respectant le poids de la profession et son rôle constitutionnel, soit le statu quo persiste, avec les risques qu’il comporte pour la confiance dans le système judiciaire.

Dans les deux cas, la question demeure :
La profession d’avocat sera-t-elle considérée comme un partenaire dans la construction de l’État de droit, ou comme un acteur devant être géré selon la logique de l’ordre imposé ?

Une interrogation qui dépasse les seuls avocats et touche l’ensemble de ceux qui se préoccupent de l’avenir de la justice au Maroc.

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