Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) traverse une véritable tempête interne. Une crise de confiance s’est installée entre la direction du parti et sa jeunesse, après la “désolidarisation” de certains dirigeants de directives adressées aux jeunes militants, les invitant à participer à des discussions sur Discord avec le groupe GenZ 212, connu pour animer les mobilisations sociales numériques au Maroc.
Ce qui devait être un simple exercice de “rapprochement avec la jeunesse” s’est transformé en piège politique, révélant les fractures générationnelles et l’incapacité des formations traditionnelles à comprendre la logique du militantisme digital.
De l’instruction à la désolidarisation : le moment de rupture
Selon plusieurs sources internes au PAM, tout a commencé lorsque des membres de la jeunesse du parti ont reçu des instructions claires de hauts cadres les invitant à rejoindre les discussions du groupe GenZ 212 sur Discord.
L’objectif officiel : “écouter les revendications des jeunes, promouvoir le dialogue et encourager la participation politique au lieu de la contestation de rue.”
Mais très vite, les choses ont dégénéré. Après que certains jeunes ont effectivement intégré les débats, des fuites et déclarations publiques ont émergé, niant toute responsabilité de la direction et qualifiant l’initiative d’“initiative personnelle” de quelques militants.
“On s’est sentis trahis,” confie un jeune membre du PAM.
“On nous a donné des consignes précises, venues de figures connues du bureau politique, puis on s’est retrouvés seuls quand le débat a commencé à déranger. La direction a préféré se laver les mains.”
Une direction prise à son propre piège
Un cadre proche de la direction nuance toutefois :
“L’intention n’était pas mauvaise. On voulait simplement dialoguer avec ces jeunes pour comprendre leurs attentes. Mais certains membres, mal formés politiquement, ont participé à des discussions trop sensibles. Cela a créé un risque d’image pour le parti.”
Derrière cette explication diplomatique se cachent surtout des calculs électoraux.
Le PAM, membre de la coalition gouvernementale, vit depuis plusieurs mois des tensions internes grandissantes. Même des figures de premier plan, comme Fatima-Zahra Mansouri ou Najwa Koukouss, ont récemment adopté un ton critique vis-à-vis de l’action gouvernementale.
Le moment est donc politiquement explosif : s’associer à un mouvement de jeunesse contestataire pouvait être perçu comme une “mauvaise lecture du climat politique”.
Le choc du “Discord” : une nouvelle arène politique
L’incident met en lumière un changement fondamental : la politique marocaine se déplace vers les plateformes numériques.
Discord, à l’origine un espace de gamers, est devenu pour le mouvement GenZ un laboratoire de débat collectif et d’organisation horizontale. Un chercheur en communication numérique explique :
“Sur Discord, il n’y a pas de chefs ni de porte-paroles. C’est un espace fluide, auto-organisé. Un parti qui y entre avec une logique hiérarchique et un discours formaté est immédiatement rejeté.”
Dès lors, la vraie question est : le PAM voulait-il comprendre ces jeunes ou simplement les observer ?
La rapidité avec laquelle la direction a reculé dès que les discussions ont abordé des sujets sensibles — corruption, justice sociale, crédibilité politique — montre que le parti n’était pas prêt pour ce type de confrontation intellectuelle directe.
Une jeunesse piégée entre loyauté et liberté
Les organisations de jeunesse au Maroc vivent depuis longtemps une crise d’identité : obéir à la hiérarchie ou suivre leurs convictions.
Face à la montée de la génération numérique, ces jeunes militants sont pris entre deux feux — celui de la discipline partisane et celui de la liberté d’expression que leur offre Internet.
Dans un message interne ayant circulé sur les réseaux, un militant du PAM écrit :
“Nous ne sommes pas des soldats numériques au service d’une campagne électorale. Nous voulons comprendre une génération qui ne nous ressemble pas. Si la direction a peur du débat, c’est qu’elle n’a plus confiance en ses propres idées.”
Cette phrase traduit l’essence du malaise : une rupture de langage et de culture.
Les anciens mesurent la politique en équilibres et en allégeances ; les jeunes en sincérité et en cohérence.
Au-delà du PAM : une crise de représentation
L’affaire dépasse de loin le seul cadre du PAM.
Elle illustre la difficulté de l’ensemble des partis marocains à construire une relation organique avec la jeunesse.
Tous veulent apparaître “connectés” aux préoccupations des jeunes, mais la plupart continuent à les considérer comme un public à conquérir, non comme des acteurs à écouter.
Les questions soulevées par cet épisode sont multiples :
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Les partis peuvent-ils dialoguer avec la génération numérique sans craindre de perdre le contrôle ?
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Les jeunes militants doivent-ils continuer à obéir aux consignes, même lorsqu’elles contredisent leur éthique personnelle ?
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Et surtout, qui possède aujourd’hui la légitimité de parler au nom de la jeunesse marocaine : les appareils partisans ou les communautés digitales ?
Conclusion : un tournant révélateur
Ce qui s’est passé au sein du PAM n’est pas un simple “incident de communication”, mais le symptôme d’une transformation profonde.
Le pouvoir politique se déplace vers des espaces horizontaux, instantanés, décentralisés.
Les jeunes de la génération Z ne demandent plus la permission de parler : ils imposent désormais le rythme du débat public.
Les partis qui n’entendront pas ce signal risquent d’être relégués à l’arrière-plan d’une nouvelle scène politique où la parole se construit collectivement, sans leaders ni filtres.
Discord, en fin de compte, n’a pas seulement ouvert une salle de discussion — il a ouvert un miroir dans lequel les formations politiques marocaines voient leurs propres limites.



