lundi, août 17, 2026
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Ouzzine et Chettane.. conflit médiatique ou campagne électorale gratuite ?

Il y a une question qui reste suspendue au milieu de tout ce bruit entre Mohamed Ouzzine et Idriss Chettane, une question qui ne nécessite ni commission d’enquête ni experts en communication politique pour être posée : qui gagne réellement dans cette guerre ? Car si l’on prend un peu de distance avec les accusations, les réponses et les sorties médiatiques des uns et des autres, une situation pour le moins singulière apparaît : d’un côté, un responsable politique qui se prépare aux élections ; de l’autre, un journaliste à la tête d’un média disposant d’un large public. Tous deux sont engagés dans une confrontation devenue presque quotidienne, tandis que le public marocain regarde, réagit, commente et contribue, à son tour, à donner une nouvelle vie à cette histoire.

Ce qui nous intéresse ici n’est pas de savoir qui a commencé, qui a dit quoi, ni de déterminer si telle accusation est exacte ou si telle réponse l’est davantage. C’est une bataille qui a ses protagonistes, ses moyens et ses propres éléments de preuve. Ce qui nous intéresse, c’est de regarder la scène d’un peu plus haut : Ouzzine, secrétaire général du Mouvement populaire, est devenu beaucoup plus présent dans le débat public grâce à cette confrontation qu’il n’aurait peut-être pu l’être à travers un discours électoral classique. Les élections législatives sont fixées au 23 septembre et la campagne officielle débutera le 10 septembre. Autrement dit, tout ce bruit intervient précisément dans une période particulièrement précieuse pour tout responsable politique désireux d’installer son nom dans l’esprit des électeurs avant même le lancement officiel de la campagne.

C’est là que se trouve le paradoxe qui mérite qu’on s’y attarde. Un responsable politique a généralement besoin d’argent, de meetings, de discours, d’interviews, de publicité et de déplacements pour imposer sa présence. Un parti peut dépenser des millions pour faire connaître un candidat. Mais que se passe-t-il lorsque la visibilité politique arrive toute seule, portée par une vague de conflit médiatique ? Que se passe-t-il lorsque votre nom circule dans les cafés, sur les téléphones et sur les plateformes, que les gens débattent de vous, certains pour vous, d’autres contre vous, mais que tout le monde ou presque connaît désormais votre nom ? En politique, la notoriété ne demande pas toujours si le public vous aime ou vous déteste ; elle se contente de savoir si vous êtes arrivé jusqu’à lui.

Il faut donc peut-être déplacer la question. Il ne s’agit plus de savoir si Ouzzine a gagné sa bataille contre Chettane, ou si Chettane a remporté la sienne contre Ouzzine. La question la plus intéressante est plutôt celle-ci : cette bataille elle-même ne serait-elle pas devenue plus profitable à l’un des deux qu’elle ne lui est nuisible ? « Chouf TV » n’est pas une petite page perdue dans un coin d’Internet. Le média dispose d’un public numérique considérable et sa capacité à générer de l’engagement est connue. Chaque nouvelle sortie, chaque réponse, chaque accusation, chaque vidéo apporte ainsi une nouvelle dose de vie à l’affaire. Sans même que les protagonistes s’en rendent compte, peut-être, le dossier finit par leur échapper et acquiert sa propre existence.

Et la politique comprend parfaitement la valeur de cette existence. Tant que le nom d’Ouzzine circule, tant que les gens parlent de lui et tant que le conflit lui offre un espace médiatique supplémentaire, il n’a pas nécessairement besoin de sortir chaque fois pour dire : « Je suis là. » Le conflit le dit à sa place. C’est précisément là que se trouve la question qui mérite notre attention : un affrontement médiatique, quelles que soient ses raisons initiales, peut-il se transformer en une forme de publicité politique gratuite ? Oui, c’est possible. Avons-nous la preuve qu’Ouzzine aurait organisé cette séquence dans ce but ? Non. Et c’est précisément ce qui distingue la question journalistique de l’accusation : le journaliste peut poser une question sans prétendre connaître les intentions cachées.

C’est ici que se mesure l’intelligence politique dans la lecture de la scène. Il ne s’agit pas d’accuser Ouzzine d’avoir écrit le scénario, mais de constater que le résultat peut lui être favorable même s’il n’en est pas l’auteur. C’est une vieille règle de la politique : ce qui compte n’est pas toujours de savoir qui a créé l’événement ; parfois, le plus important est de savoir qui a su l’utiliser à son avantage.

Chettane, de son côté, n’est évidemment pas extérieur à l’équation. Un média vit de son public, et le public se nourrit d’histoires qui comportent du conflit, des personnages, des secrets, des accusations et des réponses. Plus l’affrontement dure, plus l’intérêt augmente. Nous pouvons alors nous retrouver face à un autre paradoxe : chacun combat l’autre, tout en offrant à l’autre davantage d’espace pour exister médiatiquement. Comme deux personnes qui se disputeraient au milieu d’une place bondée, chacune voulant sortir victorieuse, tandis que la place se remplit de plus en plus de spectateurs.

Mais le public marocain s’est-il réellement rangé en bloc derrière Ouzzine contre Chettane, ou derrière Chettane contre Ouzzine ? Un journaliste responsable ne peut évidemment pas l’affirmer sans enquête scientifique. Une autre chose, en revanche, est devenue évidente : l’affaire a dépassé les limites d’un différend personnel ou professionnel pour devenir un sujet de débat public. Et cela suffit à en faire un phénomène digne d’être observé. Car dans un pays où le politique et le journaliste se croisent quotidiennement dans de nombreux espaces, il est loin d’être courant qu’un affrontement entre eux se transforme en feuilleton ouvert, suivi avec autant d’attention.

Et c’est ici qu’apparaît un problème plus grand qu’Ouzzine et Chettane eux-mêmes : pourquoi le conflit arrive-t-il au public plus vite que le programme ? Pourquoi l’accusation capte-t-elle davantage l’attention que l’idée ? Pourquoi un responsable politique peut-il obtenir une visibilité considérable grâce à une confrontation, alors que son programme électoral exige souvent des efforts considérables pour atteindre les citoyens ? Si telle est la réalité de l’écosystème médiatique numérique, le problème ne réside pas uniquement dans cette affaire. Il réside dans la manière dont le conflit lui-même est devenu une matière politique et médiatique facilement consommable.

C’est pourquoi « Maghreb Al Aan » n’a aucun intérêt à entrer dans cette bataille d’un côté contre l’autre. Le rôle du journalisme n’est pas de nous choisir celui que nous devons aimer et celui que nous devons détester. Son rôle est de prendre un peu de distance et de regarder l’ensemble du tableau. Et c’est précisément depuis cette distance qu’une question apparaît : sommes-nous face à un conflit entre Ouzzine et Chettane, ou face à un conflit qui, sous l’effet des médias, des élections et du public, s’est transformé en une plateforme électorale non déclarée ?

La réponse peut être non. Il peut simplement s’agir d’un différend qui a échappé à ses protagonistes et qui a grandi au-delà d’eux. Chaque partie peut être sincèrement convaincue qu’elle ne fait que défendre ses intérêts, son institution et sa crédibilité. Mais en politique, les intentions sont une chose et les résultats en sont une autre. Et le résultat, jusqu’à présent, est suffisamment visible : le nom d’Ouzzine est présent, celui de Chettane est présent, « Chouf TV » est présente, le public est présent, et l’histoire continue.

La question qui reste donc posée, à quelques semaines des élections, n’est pas de savoir qui a frappé le plus fort, mais plutôt : qui s’est retrouvé au cœur de cette bataille sans avoir à payer le prix d’une campagne électorale ?

C’est peut-être précisément là que se trouve toute l’histoire.

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