samedi, juillet 18, 2026
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Après la bataille parlementaire, la véritable épreuve commence-t-elle dans les études des adouls ? Lecture d’une loi qui n’a pas encore réconcilié l’État avec la profession

L’adoption définitive de la nouvelle loi régissant la profession des adouls ne constitue pas la fin d’un long feuilleton législatif ; elle marque plutôt l’ouverture d’une nouvelle séquence où le texte sera confronté à l’épreuve décisive de son application. Ce qui apparaît, à première vue, comme une victoire du processus législatif ne signifie pas nécessairement la disparition des tensions qui traversent l’une des plus anciennes professions juridiques du Maroc. Car les interrogations portées depuis des années par les adouls dépassent largement la rédaction des dispositions légales : elles concernent la place que l’État entend réellement accorder au notariat adoulaire au sein de l’architecture globale de la justice.

Le gouvernement est parvenu à clore le dossier sur le plan institutionnel, après avoir intégré les effets de la décision de la Cour constitutionnelle et mobilisé sa majorité parlementaire pour faire adopter le texte. Cette réussite confère incontestablement à la loi une pleine légitimité juridique et constitutionnelle. Pourtant, une légitimité procédurale ne suffit pas toujours à produire une adhésion professionnelle. Une partie importante des acteurs de la profession estime en effet que plusieurs revendications fondamentales sont restées en dehors du texte final, malgré des années de concertation, de mémorandums et de propositions présentés au cours de l’élaboration de la réforme.

C’est précisément ici que commence la lecture « entre les lignes ». L’État semble considérer que la modernisation de la profession passe d’abord par une meilleure organisation institutionnelle, un renouvellement des conditions d’accès, une restructuration des instances professionnelles et une adaptation de leur gouvernance. Les adouls, quant à eux, défendent une lecture différente : pour eux, la véritable réforme ne réside pas uniquement dans la réorganisation administrative de la profession, mais dans la reconnaissance pleine et entière de son autonomie, accompagnée d’outils juridiques et financiers comparables à ceux dont bénéficient les autres professions notariales, notamment l’accès au mécanisme de consignation auprès de la Caisse de Dépôt et de Gestion. À leurs yeux, il ne s’agit pas d’un privilège financier, mais d’un levier essentiel de sécurisation des transactions et de modernisation du service rendu aux citoyens.

Il est d’ailleurs révélateur que les représentants de la profession ne rejettent pas globalement la nouvelle loi. Ils reconnaissent que certaines avancées sont réelles, notamment en matière de conditions d’accès à la profession, de rajeunissement des effectifs et de qualification des futurs praticiens. Cependant, ils estiment que ces mesures réforment davantage la structure de la profession que son statut institutionnel. Le véritable débat ne porte donc plus uniquement sur les modalités de recrutement ou de formation, mais sur la question centrale de savoir qui détient effectivement le pouvoir de gouverner la profession.

Cette interrogation conduit à l’un des messages implicites les plus significatifs du discours syndical : la dénonciation persistante de la « tutelle administrative ». Derrière cette expression, les adouls ne contestent pas seulement les compétences du ministère de la Justice ; ils mettent en cause la philosophie même qui continue de structurer les relations entre l’État et les professions juridiques réglementées. Le Maroc souhaite-t-il construire des ordres professionnels véritablement autonomes, capables de gérer leurs propres affaires, ou maintenir un modèle où l’autonomie demeure limitée par une supervision administrative permanente ? Cette question dépasse largement le seul cas des adouls et renvoie à l’ensemble du chantier de la gouvernance des professions juridiques.

Sous un autre angle, cette séquence met également en lumière les limites naturelles du contrôle constitutionnel. La Cour constitutionnelle a rempli sa mission en vérifiant la conformité du texte aux dispositions de la Constitution. En revanche, elle n’avait ni vocation ni compétence pour arbitrer les revendications professionnelles portant sur l’opportunité ou la portée des choix retenus par le législateur. En d’autres termes, la décision de la Cour a définitivement fermé le débat juridique, mais elle a laissé entièrement ouvert le débat professionnel et politique sur la profondeur réelle de la réforme.

Les revendications exprimées par les représentants des adouls rappellent également plusieurs recommandations formulées au fil des années par les institutions consultatives, notamment le Conseil économique, social et environnemental, qui a régulièrement plaidé pour une modernisation globale des professions juridiques afin de renforcer la confiance, l’efficacité, la sécurité juridique et l’adaptation aux mutations économiques et numériques. Cette convergence montre que le débat dépasse largement les intérêts corporatistes : il s’inscrit dans une réflexion plus vaste sur la réforme de la justice, l’amélioration du climat des affaires et la consolidation de la sécurité contractuelle au Maroc.

La lecture politique de cette réforme révèle enfin un choix stratégique assumé par les pouvoirs publics. Face à un consensus devenu difficile à atteindre, le gouvernement semble avoir privilégié la stabilité du calendrier législatif plutôt que la recherche d’un accord total avec l’ensemble des professionnels concernés. Cette option peut se comprendre du point de vue de l’efficacité institutionnelle ; elle déplace cependant le centre de gravité du conflit. Après avoir quitté les bancs du Parlement, le débat se transportera désormais sur le terrain de l’application concrète de la loi. L’expérience marocaine montre en effet que la réussite d’une réforme ne dépend pas uniquement de la qualité de ses dispositions, mais surtout de sa capacité à produire un consensus durable lors de sa mise en œuvre.

À mesure que l’entrée en vigueur de la loi approche, le regard se détournera progressivement des discussions théoriques pour se concentrer sur la réalité quotidienne des études des adouls, des juridictions et des administrations. C’est à ce niveau que l’on pourra mesurer si les nouvelles dispositions permettront réellement de moderniser la profession, d’améliorer la qualité des services rendus aux citoyens et de renforcer la sécurité juridique des actes, ou si les revendications aujourd’hui mises entre parenthèses réapparaîtront avec davantage de vigueur.

Dès lors, la véritable question n’est plus de savoir si la controverse autour de la loi est terminée. La question essentielle est désormais celle-ci : cette réforme est-elle capable de refonder durablement la relation de confiance entre l’État et les adouls, ou s’est-elle limitée à refermer le dossier sur le plan législatif tout en laissant subsister les causes profondes de la crise, qui ne demandent qu’à ressurgir au premier test de son application ?

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