mercredi, avril 29, 2026
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Quand l’espace raconte le Maroc : autopsie sémiotique d’un roman en mutation

Dans un contexte marqué par un intérêt croissant pour la critique narrative en tant qu’outil d’intelligibilité des mutations du roman marocain, l’ouvrage du chercheur Saïd El Aïmari, intitulé Sémiotique de l’espace dans le roman marocain contemporain, propose une lecture approfondie de l’un des composants les plus complexes et les plus féconds du récit : l’espace. Publié par Narratives Éditions à Casablanca, le livre ne se limite pas à considérer l’espace comme simple décor, mais le réinscrit au cœur du processus de signification, en tant qu’acteur sémiotique à part entière, révélateur des structures profondes qui façonnent le discours romanesque.

L’étude s’appuie sur deux œuvres emblématiques : Qamar Fès de Fadila Tahami El Ouazzani, et La migration d’Al Abdi dit Ould El Hamriya de Abderrahim Lahbibi. À travers ces deux corpus, le chercheur entreprend de décrypter les modes de fonctionnement de l’espace selon une approche sémiotique articulant structures narratives et systèmes socioculturels. Ce choix, loin d’être fortuit, permet de saisir la pluralité des représentations spatiales, entre centre et marge, appartenance et exil, révélant ainsi les tensions qui traversent l’imaginaire romanesque contemporain.

Dans cette perspective, l’espace est appréhendé comme une structure narrative autonome, dépassant sa fonction descriptive pour devenir un lieu de production du sens et de configuration de l’identité. À travers l’analyse des « marqueurs d’organisation spatiale », l’auteur met en lumière la manière dont les trajectoires des personnages s’entrelacent avec les transformations de l’espace, et comment les lignes narratives migrent de la périphérie vers le centre, traduisant en filigrane des mutations sociales et culturelles profondes.

L’analyse se prolonge par une interrogation des systèmes qui régissent la formation du sens spatial, notamment à travers des oppositions structurantes telles que « ici/là-bas », qui condensent les tensions identitaires entre enracinement et projection, mémoire et contemporanéité. L’espace devient ainsi un système sémiotique producteur de significations, en interaction constante avec les programmes narratifs et les schémas actantiels qui organisent le récit.

Sur le plan des représentations, l’ouvrage met en évidence les modalités de construction du « récit de l’espace », à travers la dialectique du lien et de la rupture, et les questionnements qu’elle suscite quant à la place du sujet dans son environnement. Le descriptif topographique y apparaît non seulement comme un procédé d’illusion référentielle, mais aussi comme un dispositif de médiation entre fiction et réalité, redéfinissant la perception du lecteur.

Enfin, l’analyse atteint son point culminant dans l’étude des « codes de l’espace », envisagé comme une structure plurielle — psychologique, historique, religieuse et culturelle — dont l’entrecroisement produit des significations stratifiées. Ces codes révèlent les modes d’appropriation de l’espace par le sujet, ses référentiels et ses postures, faisant de l’espace à la fois un miroir de l’identité et un principe organisateur du récit.

Ainsi, Sémiotique de l’espace dans le roman marocain contemporain dépasse le cadre d’une simple étude appliquée pour ouvrir un horizon critique plus large, réhabilitant l’espace comme clé de lecture essentielle du texte romanesque. En filigrane, il pose une question fondamentale : dans quelle mesure les transformations de l’espace narratif peuvent-elles être lues comme le reflet des mutations de la société marocaine elle-même ? Une interrogation qui, au-delà du texte, engage une réflexion sur le réel et ses multiples représentations.

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