Dans un contexte politico-médiatique marqué par une montée des tensions entre acteurs institutionnels et certains organes de presse, une nouvelle controverse émerge autour de données liées à la gestion du foncier dans la commune de Tassoultante, ravivant ainsi le débat sur les limites de la relation entre responsabilité publique et liberté de la presse, notamment au sein d’un parti au cœur de la majorité gouvernementale.
L’affaire a éclaté à la suite de la publication, par le site « Parlement.com », d’une enquête évoquant des documents et des éléments relatifs à des dossiers d’urbanisme et de foncier. Cette publication a suscité une réaction ferme de Fatima-Zahra El Mansouri, maire de Marrakech et ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, à travers un communiqué officiel, suivi — selon le média — d’une séquence de tensions politiques et médiatiques marquées par des accusations croisées, oscillant entre défense des faits publiés et remise en cause de leur crédibilité.
De son côté, le site se positionne dans une logique de défense du droit du public à l’information, affirmant son attachement aux règles déontologiques du journalisme et sa disposition à publier toute mise au point étayée par des documents officiels. Ce positionnement reflète, en profondeur, une confrontation plus large entre une certaine presse d’investigation et des acteurs politiques autour de la légitimité à produire et à imposer un récit de vérité dans des dossiers sensibles liés à la gestion territoriale.
Toutefois, la lecture de cette tension ne saurait se limiter à une opposition frontale. Elle soulève des interrogations plus larges sur le climat de confiance dans l’espace public et sur la manière dont les responsables gouvernementaux interagissent avec les révélations médiatiques, en particulier lorsqu’il s’agit de dossiers à forte charge politique et territoriale dans une ville stratégique comme Marrakech. La gestion de la communication de crise devient ici un indicateur révélateur de l’équilibre entre pouvoir politique et contre-pouvoir médiatique.
Par ailleurs, cette controverse pourrait avoir des répercussions sur l’image du Parti Authenticité et Modernité (PAM), composante essentielle de la majorité, en le plaçant face à une équation délicate : concilier la solidarité partisane avec les exigences d’apaisement institutionnel et de crédibilité politique. Cela remet en lumière la question de la cohérence entre le discours réformateur affiché et les pratiques communicationnelles en période de tension.
Au-delà des positions des uns et des autres, l’enjeu fondamental demeure celui de la nature de la relation entre presse et pouvoir : le Maroc s’oriente-t-il vers un renforcement de la culture de l’investigation, de la critique et de la reddition des comptes ? Ou bien le seuil de tolérance face aux révélations médiatiques reste-t-il encore fragile lorsqu’il s’agit de la gestion des affaires publiques ?
Dans cette configuration, le véritable défi réside dans la capacité des institutions, politiques et médiatiques, à dépasser la logique de confrontation pour privilégier celle de la vérification, de la transparence et de la production de preuves, dans le but de consolider la confiance du citoyen dans l’information et dans l’action publique.
En attendant les développements futurs de cette affaire, le débat reste ouvert sur les frontières de la vérité dans l’espace public, et sur la capacité des acteurs à transformer ces moments de tension en opportunités pour renforcer la transparence plutôt que d’alimenter la polarisation.


