samedi, janvier 24, 2026
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Gauche sans “marxisme”… Islamistes sans “révolution”… et un Parlement qui découvre tôt que la saison électorale a commencé

Il est difficile pour l’observateur de ne pas percevoir le frisson politique qui a secoué l’hémicycle hier. Non pas parce que le débat portait sur un projet de loi régissant la profession des notaires — un sujet pourtant routinier dans un parlement chargé de législation — mais parce que l’“affrontement verbal” qui s’y est produit n’était pas un simple écart linguistique ni un élan de colère passager. C’était plutôt une révélation précoce de ce à quoi ressembleront les élections de 2026 : une bataille d’identité politique avant même d’être une compétition électorale.

Ce qui s’est déroulé dans la séance publique ressemblait à un miroir inversé de la politique marocaine : les gauches se distancient du “marxisme”, les islamistes sont qualifiés de “révolutionnaires” qu’ils ne revendiquent pas, et le ministre se comporte comme s’il rédigeait un contre-communiqué au sein d’un parlement devenu pour un instant scène de confrontation plutôt que de législation.

Le premier tonnerre : quand la politique croise le droit

Tout a commencé avec l’intervention de la députée Hind Benani El Ratl, qui a analysé le projet de loi comme révélant un déficit structurel, et non une simple disposition technique. Elle a affirmé que le texte constituait un recul par rapport aux résultats du dialogue sectoriel, affaiblissait les garanties existantes, menaçait le principe de parité et marginalisait les femmes notaires.

Cette intervention, riche d’une critique structurée, aurait dû déclencher un débat légal classique. Mais le ministre de la Justice, Abdelatif Ouahbi, n’y a vu qu’un jugement prématuré, un discours détaché des détails du projet, avant de déclencher l’étincelle :
“C’est un discours de direction révolutionnaire.”

Cette phrase, lourde de symbolisme, n’était pas qu’une métaphore. “Révolution” éveille les mémoires des confrontations passées et rappelle un registre d’accusations récurrentes entre islamistes et leurs opposants.

Quand la législation devient champ de bataille

Il n’est pas surprenant que les députés du Parti de la Justice et du Développement aient demandé le retrait de l’expression jugée inappropriée. Ce qui l’est davantage, c’est que le ministre ait persisté, revendiquant le droit de répondre avec la même intensité qu’il reçoit, transformant un débat juridique en duel de légitimité rhétorique :
– Qui a le droit de qualifier l’autre ?
– Qui impose ou retire les mots ?
– Qui fixe les limites du débat parlementaire ?

Le point de tension maximal : la présidence perd patience

L’intervention du président de séance, Idriss Chtibi, visait à limiter l’escalade. Mais le député Abdel Samad Haiker a refusé de se conformer aux directives et a demandé un point de procédure malgré trois avertissements. Face à cette obstination, Chtibi a activé les procédures disciplinaires, un geste inédit dans cette législature.

Le moment culminant fut sa phrase qui fit réagir l’hémicycle :
“Vous êtes marxistes selon la loi de Dieu et de Son Prophète.”

Une formule paradoxale, mélangeant contradictions et mémoire symbolique, révélant que les affrontements verbaux ne sont plus des exceptions mais l’avant-goût d’une saison électorale imminente.

Derrière la séance : des élections qui bouillonnent sous la surface

Le climat tendu n’était pas isolé. Il reflète une scène politique qui se prépare pour 2026 :

  • La gauche craint que son héritage idéologique soit instrumentalisé.

  • Les islamistes cherchent à restaurer leur influence.

  • Le ministre de la Justice avance avec audace.

  • La présidence tente de contenir les excès mais se heurte à l’intransigeance.

Deux fronts s’affrontent :

  1. Celui qui veut apparaître comme l’alternative rationnelle, capable de contenir la “domination rhétorique” des islamistes.

  2. Celui qui estime que le gouvernement resserre le cadre politique sous couvert de technicité législative.

L’histoire refait surface

Fait étonnant et profond : tout ce qui s’est dit évoque les débats des années 1990, lorsque les islamistes étaient accusés de “révolutionnisme”, tandis que la gauche tentait de se défaire du poids du “marxisme”. Aujourd’hui, les rôles semblent inversés.

L’histoire au Maroc ne revient pas mais elle se replie sur elle-même pour créer de nouvelles images de conflits anciens.

Conclusion : un parlement en ébullition avant l’heure

Suspension de la séance et interruption de la diffusion en direct, intervention du ministre de l’Intérieur pour calmer le jeu, débats qui continuent dans les coulisses… Tout indique que ce qui s’est produit n’était pas un simple “écart verbal”. C’était une répétition générale d’une phase politique qui s’intensifiera à l’approche de 2026.

En langage politique :
la balle est partie… elle ne peut plus être ramenée dans le canon du discours parlementaire.

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