Alors que le Parti Authenticité et Modernité (PAM) continue d’alimenter les débats sur sa véritable place dans l’architecture politique marocaine, Mehdi Ben Saïd – membre de la direction collégiale du parti et ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication – a livré une déclaration frappante à l’ouverture de l’Université d’été du parti, affirmant que le PAM « n’est pas un simple instrument électoral, mais un cadre de réflexion et de proposition ».
Ce discours s’inscrit dans une stratégie de repositionnement au sein d’une majorité gouvernementale de plus en plus marquée par les tensions et la compétition sur les initiatives. En invoquant les combats historiques du parti autour de la régionalisation, du Code de la famille ou encore du « Pass Jeunesse », Ben Saïd tente clairement de réhabiliter l’image d’un parti moteur d’idées, plutôt que suiveur de circonstances.
Mais cette volonté de renouer avec l’héritage de la « mouvance pour tous les démocrates » est-elle crédible aujourd’hui ?
Du parti du pouvoir au parti des idées ?
En insistant sur le fait que « des élections sans solutions ne servent à rien », Ben Saïd semble critiquer implicitement la logique électoraliste qui domine le paysage politique. Pourtant, cette déclaration ouvre une autre question essentielle :
Le PAM, engagé dans l’action gouvernementale, a-t-il été capable de produire des réponses concrètes aux attentes des Marocains ?
Si l’Université d’été se veut un laboratoire d’idées, peut-elle réellement nourrir un projet alternatif au sein d’un gouvernement souvent perçu comme technocratique et déconnecté des préoccupations sociales ?
Coupe du monde 2030 : un enjeu d’image ou de transformation ?
La référence à la Coupe du monde 2030 par Ben Saïd n’est pas anodine. Il affirme que le véritable défi réside dans « l’après 2030 », soulignant que de nombreux pays hôtes ont échoué à tirer profit de cette vitrine mondiale. Pour lui, l’objectif est clair : faire du Maroc une plateforme d’investissement structurel.
Mais cette ambition soulève une interrogation majeure :
Le PAM dispose-t-il d’une vision concrète pour capitaliser sur cet événement planétaire ?
Ou s’agit-il, une fois de plus, d’un discours stratégique sans réel ancrage dans une politique publique assumée ?
Une université d’été : outil de réflexion ou vitrine interne ?
Depuis sa création, le PAM ambitionne de penser au-delà des schémas classiques. L’université d’été actuelle tente de faire vivre cette promesse à travers une série de débats et de réflexions collectives. Pourtant, cette démarche semble en décalage avec le silence du parti sur les dossiers brûlants : éducation, inflation, précarité, ou encore liberté de la presse.
Comment, dès lors, prétendre structurer un projet de démocratie sociale alors que les réponses aux urgences sociales font encore défaut ?
Conclusion analytique :
Le discours de Ben Saïd illustre un dilemme permanent du PAM :
Comment conjuguer son rôle dans l’appareil exécutif avec sa prétention à être une force de proposition intellectuelle et politique ?
Alors que le Maroc se projette vers 2030, le véritable enjeu pour le PAM ne réside pas seulement dans sa capacité à anticiper les mutations économiques ou géopolitiques, mais dans sa faculté à regagner la confiance populaire.
Car un parti d’idées n’a de sens que s’il transforme ses propositions en actions concrètes, visibles, et au service du citoyen.