samedi, juillet 11, 2026
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La tournée du PAM dans les provinces du Sud s’achève par le recrutement de nouveaux « joueurs » venus de l’Istiqlal… le mercato politique rouvre ses portes.

La politique en pleine saison des transferts… Le PAM renforce ses rangs dans les provinces du Sud, tandis que le citoyen paie une nouvelle fois le prix du championnat électoral

À chaque approche des élections au Maroc, la scène politique donne l’impression d’entrer dans une nouvelle saison qui ressemble étrangement au marché des transferts du football professionnel. Les partis ouvrent leurs portes aux « nouvelles recrues », les élus changent de couleurs et d’étiquettes partisanes, les directions parlent de « renforcement des rangs » et « d’attraction des compétences », tandis que le citoyen, lui, reste dans les tribunes, spectateur d’une compétition dont il ignore toujours si elle changera réellement son quotidien.

C’est précisément ce que révèle, au-delà des apparences, la tournée organisationnelle menée par le Parti Authenticité et Modernité (PAM) dans les provinces du Sud. Officiellement, il s’agit d’annoncer les candidats du parti aux prochaines élections législatives et de finaliser les investitures. Mais derrière cette communication institutionnelle se cache une réalité plus profonde : celle d’une nouvelle redistribution des rapports de force entre les partis, à l’approche du rendez-vous électoral.

Le choix des provinces du Sud comme première étape de cette tournée n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs échéances électorales, cette région constitue un enjeu stratégique majeur, non seulement par le nombre de sièges qu’elle représente, mais aussi par sa portée politique, diplomatique et symbolique dans le dossier du Sahara. Chaque formation politique cherche ainsi à y afficher son influence, à consolider son implantation locale et à démontrer sa capacité à mobiliser les notables, les élus et les réseaux d’influence qui façonnent la carte électorale.

L’annonce des candidatures à Laâyoune, Smara, Boujdour et Tarfaya n’était finalement que la partie visible de l’opération. Le véritable message politique résidait ailleurs : le PAM voulait démontrer qu’il ne se contente plus de préserver son électorat traditionnel, mais qu’il est désormais capable d’attirer des personnalités qui constituaient jusqu’à récemment le socle électoral de formations concurrentes, principalement le Parti de l’Istiqlal, mais également le Rassemblement National des Indépendants.

Pourtant, une lecture attentive de cette dynamique soulève une interrogation qui revient inlassablement à chaque scrutin : que signifie réellement le passage d’un élu d’un parti à un autre quelques mois seulement avant les élections ? Ce sont les convictions qui changent ? Les projets politiques ? Les orientations idéologiques ? Ou bien ne s’agit-il que du transfert d’un capital électoral soigneusement construit sous une autre bannière ?

C’est précisément là que commence la différence entre l’information et sa véritable lecture. Le discours politique emploie des termes soigneusement choisis : « adhésion », « renforcement », « intégration », « attractivité ». Mais le citoyen, lui, observe une réalité différente. Il retrouve les mêmes visages, les mêmes acteurs, qui changent simplement d’étiquette sans que les programmes, les priorités ou les politiques publiques ne connaissent de transformation significative. Les partis semblent désormais davantage se concurrencer sur le recrutement des élus que sur la confrontation des idées.

Cette réalité donne parfois à la vie politique marocaine les allures d’un championnat qui se répète à chaque cycle électoral. Avant le coup d’envoi, le marché des transferts s’ouvre. Les négociations se multiplient. Les partis cherchent leurs « recrues vedettes ». Puis vient la campagne électorale, suivie de la formation d’une majorité et d’une opposition, avant que chacun ne prépare déjà la saison suivante selon le même scénario.

Bien entendu, tout élu est libre de choisir l’organisation politique qu’il estime la plus conforme à ses aspirations. Mais la véritable question démocratique dépasse la liberté individuelle de changer de parti. Elle concerne avant tout le respect de la volonté populaire. Car l’électeur qui a accordé sa confiance à un candidat sous une bannière donnée découvre, parfois quelques mois plus tard, que ce même représentant défend désormais les couleurs d’un autre parti, sans que les citoyens qui lui ont accordé leur suffrage n’aient été consultés.

Dans les provinces du Sud, ces mouvements revêtent une dimension encore plus sensible. La compétition ne porte pas uniquement sur des sièges parlementaires, mais également sur les équilibres territoriaux, les réseaux de notabilité, les alliances locales et les rapports d’influence. Le ralliement d’une seule personnalité peut parfois modifier l’ensemble de la géographie électorale d’une province, voire d’une région entière.

La tournée menée par la direction collégiale du PAM traduit également un message interne. Celui d’un parti qui souhaite apparaître comme la formation la mieux préparée à l’approche des élections du 23 septembre, capable de finaliser rapidement ses investitures, de consolider son organisation et d’afficher une image de stabilité face à une compétition électorale qui s’annonce particulièrement disputée.

Mais cette dynamique révèle aussi une crise plus profonde de la vie partisane marocaine. Lorsque l’événement politique devient essentiellement le déplacement des hommes plutôt que celui des idées, lorsque la valeur d’un élu se mesure davantage à sa capacité à déplacer des voix qu’à produire des politiques publiques, la politique perd progressivement sa fonction d’encadrement démocratique pour devenir une simple gestion des rapports de force électoraux.

En définitive, la véritable information ne réside pas seulement dans le fait que le PAM ait achevé sa tournée dans les provinces du Sud en accueillant des élus issus du Parti de l’Istiqlal et en dévoilant ses candidats. Elle réside surtout dans le fait que le Maroc entre, une fois encore, dans une nouvelle saison de transferts politiques où les couleurs partisanes changent rapidement, tandis que demeurent inchangées les interrogations essentielles des citoyens : qui créera réellement de l’emploi ? Qui réformera durablement l’école publique ? Qui améliorera le système de santé ? Et surtout, qui transformera enfin les promesses électorales en politiques publiques mesurables ?

C’est là toute la contradiction de chaque échéance électorale. Les partis s’activent, les élus changent de camp, les alliances se recomposent, mais le citoyen continue d’attendre que cette agitation politique produise enfin une véritable transition en matière de gouvernance, de développement et de justice sociale. Car l’histoire électorale ne s’écrit pas par le nombre de transferts entre les partis, mais par l’empreinte que les vainqueurs laisseront dans la vie des citoyens lorsque les projecteurs de la campagne se seront éteints et que le championnat politique aura pris fin… jusqu’à la prochaine saison.

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