Dans un tournant diplomatique sans précédent dans l’histoire du continent africain, le refus de soutenir la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies a provoqué une secousse dans les arcanes de la politique intérieure et extérieure. Une mesure que beaucoup d’observateurs ont considéré comme un écart manifeste par rapport aux normes diplomatiques traditionnelles, qui veulent que l’État dont la personne a été présidente apporte tout son soutien à cette dernière dans les forums internationaux, en particulier pour un poste d’une telle ampleur et symbolisme international.
Cette décision intervient dans le contexte d’une fissure politique et sociale au Sénégal, où le gouvernement actuel, dirigé par le président Béchir Dioumaï Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko, a adopté une position ferme à l’égard de Macky Sall, considérant que sa candidature à ce poste international intervient alors que des débats internes persistent sur sa période de mandat, marquée par des accusations de corruption, de mauvaise gestion et de dettes cachées, accusations qui avaient déjà suscité un large débat dans les milieux politiques et des droits humains sénégalais.
Du point de vue du pouvoir actuel, le soutien complet à Macky Sall dans la course au poste de Secrétaire général des Nations Unies compromettrait le principe de reddition de comptes et de justice transitionnelle adopté par le gouvernement actuel, ce qui fait que sa candidature n’est pas vue comme une question diplomatique passagère, mais comme un processus directement lié à des dossiers politiques et droits humains internes qu’il est impossible de contourner ou de marginaliser.
Il est remarquable que cette position ne se limite pas à un simple désaccord sur les points de vue politiques à Dakar, mais qu’elle a eu des répercussions au niveau de l’Union africaine elle-même. Lors d’une session tenue fin mars, il a été annoncé que l’Union avait échoué à adopter la candidature de Macky Sall, l’instance requérant un consensus ou du moins un soutien suffisant des États membres, ce qui n’a pas été obtenu en raison des objections de plus de 14 pays et de l’indication de six autres pays souhaitant reporter la décision, annulant ainsi le soutien officiel du continent.
Cette division des positions continentales a poussé l’ancien président à se tourner vers un pays alternatif (le Burundi) pour soumettre son dossier, une démarche qui a elle-même suscité un large débat sur la légitimité de contourner les canaux officiels de soutien continental et sur le respect par les États africains de la souveraineté de certains membres de l’Union dans leurs décisions extérieures.
Ce différend dépasse la simple question du soutien à une personnalité et s’étend à un débat plus large sur la place de l’Afrique dans le système international. L’absence de consensus africain sur un candidat pour succéder au Secrétaire général actuel fait que l’ambition africaine à la tête des Nations Unies apparaît fragmentée et victime de conflits internes, plutôt que comme un projet unifié reflétant la force et la cohésion du continent sur la scène internationale.
D’autre part, des analystes estiment que ce qui s’est passé représente un changement dans la compréhension du soutien diplomatique post-présidence : le poste international n’est plus une immunité ou un hommage automatique pour un ancien président, quelle que soit son expérience ou ses réalisations, mais est désormais lié au maintien de la légitimité interne et au respect des règles de bonne gouvernance et de justice. Dans ce contexte, le cas de Macky Sall envoie un message clair aux dirigeants africains : le soutien national interne est une condition essentielle pour toute candidature internationale, et les conflits politiques et droits humains à l’intérieur du pays peuvent avoir un impact direct sur ses perspectives internationales.
À l’échelle mondiale, ce refus a placé les Nations Unies face à des considérations légales et protocolaires complexes ; une candidature pour un poste d’une telle importance doit s’appuyer sur le soutien du pays d’origine du candidat, ce qui fait défaut dans le dossier de Sall, et peut affaiblir ses chances lors des prochaines étapes devant le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale. Cela relance le débat sur la cohésion du continent africain et sa capacité à présenter un candidat unifié et à retrouver le poste de Secrétaire général, qui a été une exigence stratégique des organisations africaines depuis des décennies.
En conclusion, l’incident du refus de soutenir Macky Sall ne peut être lu en dehors du contexte politique et social actuel au Sénégal et en Afrique ; il s’agit de plus qu’une simple démarche diplomatique, c’est une redéfinition de la relation de l’État avec ses anciens dirigeants et de ses priorités nationales avant les ambitions internationales, ainsi qu’un message clair que les considérations internes ne peuvent être ignorées dans la construction d’un projet d’influence externe.


