À l’approche de l’Aïd al-Adha, le débat sur les prix des sacrifices revient inévitablement sur le devant de la scène, révélant des fragilités structurelles dans le modèle de gestion du secteur de l’élevage et des aliments pour bétail au Maroc. Chaque tension internationale ou fluctuation des marchés mondiaux semble se répercuter directement sur les coûts de production nationaux, comme si l’économie locale était mécaniquement dépendante de chaque choc extérieur.
La question centrale qui s’impose aujourd’hui est claire : le Maroc importe-t-il réellement une part déterminante de ses aliments pour bétail au point que toute instabilité géopolitique — qu’elle concerne le Moyen-Orient ou d’autres régions productrices — entraîne une hausse automatique des prix ? Ou bien s’agit-il d’un problème plus profond lié à l’absence d’une stratégie cohérente de souveraineté fourragère et de planification à long terme ?
Les inquiétudes exprimées par les associations professionnelles et les éleveurs traduisent un climat d’incertitude persistant. Mais cette inquiétude soulève une interrogation plus large : pourquoi chaque événement international est-il perçu comme un prétexte économique justifiant une augmentation des prix ? Et pourquoi le poids de ces ajustements retombe-t-il systématiquement sur les producteurs et, in fine, sur les consommateurs ?
Le souvenir de l’année précédente demeure également présent dans les esprits. À cette période, des informations parfois imprécises concernant la situation du marché ont contribué à perturber l’équilibre entre l’offre et la demande, provoquant des tensions et un désordre commercial qui ont affecté le déroulement d’un rituel religieux et social majeur. Une telle situation peut-elle se reproduire ? Les enseignements ont-ils été tirés ou le secteur continue-t-il à fonctionner dans une logique de gestion conjoncturelle plutôt que stratégique ?
Un autre point fondamental mérite d’être posé : quelle est aujourd’hui la véritable implication des politiques publiques dans la régulation de ce marché ? Existe-t-il un soutien réel et direct aux aliments pour bétail capable d’atténuer les chocs de prix ? Les mécanismes de contrôle permettent-ils de limiter la spéculation et les marges excessives des intermédiaires ? Si l’orge est disponible localement, comment expliquer des hausses continues et parfois difficiles à justifier sur le plan économique ?
Au-delà du simple prix d’un animal destiné au sacrifice, le débat renvoie à une question de fond : d’où proviennent les aliments ? La production nationale est-elle suffisante ? Quel est le volume des importations ? Et surtout, existe-t-il une stratégie visant à réduire la dépendance aux marchés extérieurs pour un secteur aussi stratégique que celui de l’élevage ?
Ces interrogations ne visent pas à pointer des responsabilités individuelles, mais à analyser un système dans son ensemble. Avant de discuter du coût d’un sacrifice, il convient de s’interroger sur la souveraineté des intrants de production et sur la capacité du pays à maîtriser ses propres équilibres agricoles face aux chocs extérieurs.


