Le silence entourant la participation du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, aux négociations de Madrid ne relève pas d’un simple détail protocolaire, mais s’apparente à une stratégie mûrement réfléchie pour gérer un moment politique délicat. L’Algérie se trouve pour la première fois depuis des décennies confrontée à une réalité nouvelle : passer du rôle de « soutien externe » à celui d’un acteur présent directement à la table de négociation sur le Sahara.
Depuis la fuite des informations sur cette session organisée à l’ambassade américaine à Madrid, l’Algérie a choisi le mutisme total, tant sur le plan officiel que médiatique, en dépit d’indications concrètes confirmant sa présence, notamment la rencontre d’Attaf avec son homologue espagnol, José María Álvarez, la veille de l’ouverture des négociations – un moment difficile à dissocier du contexte global de cette session.
L’arrivée d’Attaf à Madrid s’inscrit dans une série de démarches préparatoires, notamment sa rencontre à Alger avec Massad Boulos, conseiller principal du président américain pour l’Afrique et le monde arabe. À l’époque, peu d’informations avaient filtré sur ce voyage, qui s’avère être une étape clé pour amener l’Algérie à s’asseoir à la table des négociations sur la base de la proposition marocaine d’autonomie, en conformité avec la récente résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Le silence officiel et médiatique autour du voyage d’Attaf à Madrid masque délibérément un contexte plus large, réunissant quatre parties : le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario, sous supervision américaine directe, en présence de Stefano de Mistura, envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU. Ce mutisme traduit l’effort d’éviter un choc pour l’opinion publique interne, habituée à un discours d’« observateur » et de « soutien au principe de l’autodétermination », sans rôle direct dans le conflit.
Bien que confidentielles, les négociations respectent le cadre défini par la résolution 2797 du Conseil de sécurité du 31 octobre 2025, qui appelle toutes les parties à reprendre les négociations sans conditions préalables et dans un esprit de réalisme et de compromis. La participation de l’Algérie, malgré son mutisme, constitue ainsi une reconnaissance implicite de son rôle réel dans le conflit.
بعثة الولايات المتحدة لدى الأمم المتحدة: قامت وفود رفيعة المستوى من الولايات المتحدة والأمم المتحدة بتيسير محادثات في مدريد بإسبانيا جمعت المغرب وجبهة البوليساريو والجزائر وموريتانيا، تركّزت حول تنفيذ قرار مجلس الأمن الدولي رقم 2797 (2025) المتعلّق بالصحراء الغربية.
— الخارجية الأمريكية (@USAbilAraby) February 9, 2026
Le choix de Madrid, sous parrainage américain, n’est pas anodin. Washington démontre que le dossier du Sahara n’est plus un simple conflit régional, mais un élément clé de l’équation de stabilité et de sécurité en Afrique du Nord et au Sahel, dans un contexte marqué par les défis liés au terrorisme, à l’immigration irrégulière et à la concurrence géopolitique internationale.
La résolution 2797 elle-même représente un tournant décisif, passant de la gestion fragile des équilibres à un cadre politique réaliste, consacrant l’autonomie marocaine comme unique solution crédible. Cette nouvelle approche marginalise les positions dépassées et souligne l’engagement international envers le processus de négociation basé sur le plan marocain.
Ainsi, les négociations de Madrid ne sont pas de simples rencontres techniques, mais un pas concret vers la mise en œuvre d’une solution effective, renforçant le rôle du Maroc comme partenaire fiable en matière de sécurité régionale et plaçant l’Algérie face à un défi interne : comment expliquer à son public le passage du discours « neutre » à une participation active ?
En conclusion, Madrid marque le début d’une phase nouvelle : passage des positions symboliques aux engagements politiques réels, de la défense de la légitimité à sa consolidation sur le terrain. Une étape destinée à clore un conflit de longue durée et à orienter l’énergie de l’Afrique du Nord vers le développement et l’intégration plutôt que vers le conflit et la stagnation.



