mercredi, février 11, 2026
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Le nord du Maroc sous le siège de la “colère blanche” : quand les politiques publiques se heurtent à la violence de la nature

Suspension des activités industrielles et paralysie des axes de transport dans le Nord du Maroc : quand les aléas climatiques deviennent un test pour les infrastructures

Ce que connaissent actuellement plusieurs provinces du Nord du Maroc ne relève plus d’un simple épisode météorologique passager, mais s’est rapidement transformé en une situation de crise complexe, révélant la fragilité de plusieurs maillons essentiels du système urbain, industriel et routier. La hausse exceptionnelle du niveau des eaux, conjuguée à des vents violents, n’a pas seulement perturbé la circulation, elle a également entraîné la suspension d’une partie de l’activité économique, imposant un renversement brutal des priorités entre impératifs de production et exigences de sécurité.

Dans ce contexte, la décision de suspendre les activités industrielles dans certaines zones exposées aux inondations apparaît comme l’expression d’un basculement clair vers une logique de prévention maximale. La coupure immédiate de l’électricité et l’évacuation des travailleurs ne relèvent pas uniquement de mesures techniques, mais traduisent une réalité plus profonde : les zones industrielles restent fortement vulnérables aux contraintes naturelles, et le moindre dérèglement climatique peut se muer en menace directe pour les personnes et les infrastructures.

Sur le plan de la mobilité, la situation est tout aussi révélatrice. L’interruption de la route nationale n°16, l’impraticabilité de l’axe Tétouan–M’diq via M’lalien, ainsi que la coupure partielle de la route nationale n°2 en direction de Tanger, ne sont pas des incidents isolés. Ils constituent les symptômes d’un réseau routier où la complexité géographique se combine à un déficit de préparation structurelle. Ces axes ne sont pas secondaires : ils assurent la liaison entre des pôles touristiques, industriels et commerciaux stratégiques, ce qui transforme chaque perturbation en crise de mobilité aux retombées économiques et sociales immédiates.

La décision d’ouvrir gratuitement l’autoroute reliant Tétouan à Fnideq, bien que nécessaire à court terme, illustre davantage une gestion d’urgence qu’une vision structurelle de la prévention des risques. Il s’agit d’une solution palliative qui atténue la pression momentanée, sans répondre à la question de fond : pourquoi les routes nationales, censées garantir la continuité territoriale minimale, sont-elles systématiquement les premières à devenir impraticables lors de fortes pluies ?

À l’intérieur des villes, le tableau n’est guère plus rassurant. Des rues transformées en bassins d’eau, des poteaux d’éclairage effondrés, une circulation quasi paralysée : autant d’indices d’un aménagement urbain qui n’intègre pas suffisamment les scénarios climatiques extrêmes. Les systèmes de drainage et les infrastructures semblent conçus pour un climat “normalisé”, alors que les épisodes violents tendent à devenir la norme plutôt que l’exception.

En parallèle, la mobilisation permanente de la protection civile et des autorités locales met en lumière une contradiction structurelle : un appareil d’intervention efficace dans l’urgence, mais essentiellement réactif. Autrement dit, l’État maîtrise la gestion de crise plus qu’il ne maîtrise sa prévention. Cette réalité soulève une interrogation stratégique : le modèle actuel de gestion des risques naturels est-il encore adapté à un contexte de changement climatique accéléré, ou faut-il repenser en profondeur les politiques d’aménagement et d’investissement public ?

Les appels à la vigilance lancés par le ministère de l’Équipement et de l’Eau traduisent une conscience institutionnelle de la gravité de la situation, mais transfèrent également une part importante de la responsabilité vers le citoyen, dans un cadre où les garanties structurelles restent limitées. Les itinéraires alternatifs et les centres d’information sont utiles, mais demeurent des outils de gestion conjoncturelle qui ne traitent pas les causes profondes de la vulnérabilité.

En définitive, ce qui se joue dans le Nord du Maroc dépasse largement la simple “crise météorologique”. Il s’agit d’un moment révélateur des limites des politiques publiques face aux transformations climatiques. Les inondations deviennent ainsi un miroir critique du modèle de développement, posant une question centrale : dans quelle mesure les choix d’infrastructure et d’urbanisme intègrent-ils réellement la dimension environnementale ? Et les réseaux actuels sont-ils capables de soutenir un territoire dont les contraintes naturelles évoluent plus vite que les réformes institutionnelles ? Ici, la pluie cesse d’être un phénomène naturel pour devenir un indicateur politique et technique de la capacité – ou de l’incapacité – à anticiper.

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