Dans un tournant majeur de l’histoire politique tunisienne, la Cour d’appel de Tunis a alourdi la peine contre le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, le condamnant à 20 ans de prison dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État 2 ». Cette décision s’inscrit dans une série de jugements prononcés contre plusieurs responsables politiques, anciens ministres et sécuritaires, avec des peines allant de 3 à 35 ans.
Au-delà de l’aspect judiciaire, cette affaire révèle une dynamique politique plus profonde : Ghannouchi, ancien président du Parlement dissous en 2021, incarne aujourd’hui la figure centrale d’une opposition marginalisée, poursuivie à travers une série de dossiers judiciaires dont les peines cumulées dépassent désormais les 50 ans de prison.
Pour les autorités tunisiennes, ces condamnations constituent une réponse ferme à ce qu’elles considèrent comme des menaces graves contre la stabilité de l’État. Mais pour une large partie de la société civile et des observateurs internationaux, il s’agit plutôt d’un glissement inquiétant vers l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Regards des défenseurs des droits humains
Des organisations telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch estiment que ces procès « ne respectent pas les garanties minimales d’un procès équitable ». Elles dénoncent un usage extensif et flou de chefs d’accusation comme « complot » ou « terrorisme », utilisés pour criminaliser l’opposition politique pacifique.
Selon Amnesty, « la participation à la vie politique est désormais traitée comme un crime », ce qui compromet sérieusement la crédibilité du système judiciaire tunisien et affaiblit la confiance des citoyens dans les institutions.
Un impact régional
La Tunisie, longtemps considérée comme l’exception démocratique du monde arabe post-2011, se trouve aujourd’hui à un carrefour délicat. La multiplication des procès politiques soulève une question fondamentale : assiste-t-on à une restauration de l’autoritarisme par voie judiciaire ?
Au-delà des frontières tunisiennes, ce dossier résonne dans toute la région comme un avertissement : sans indépendance réelle de la justice et sans pluralisme politique, les transitions démocratiques restent fragiles et réversibles.



