jeudi, février 5, 2026
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Chouki rencontre les dirigeants du RNI à la veille du congrès extraordinaire, dans un contexte de questionnements sur l’après-Akhannouch

À l’approche du congrès extraordinaire prévu le 7 février à El Jadida, Mohamed Chouki, candidat unique à la présidence du Rassemblement National des Indépendants (RNI), multiplie les déplacements organisationnels à travers les différentes régions du Royaume. Des tournées qui, en apparence, relèvent d’une mécanique partisane classique, mais qui, dans leur profondeur, traduisent des enjeux politiques bien plus larges qu’une simple succession à la tête d’un parti majoritaire.

Chouki ne se présente pas seulement comme le successeur naturel d’Aziz Akhannouch, mais comme l’incarnation d’une nouvelle phase dans l’histoire du RNI, une phase où le parti tente de redéfinir son image, de consolider ses équilibres internes et de se projeter vers des échéances électorales à forte intensité politique. Le discours officiel insiste sur « l’unité des rangs » et la nécessité d’éviter toute tension organisationnelle, mais cette rhétorique consensuelle n’efface pas une interrogation centrale : assiste-t-on à une transition démocratique interne, ou à une succession soigneusement orchestrée, sans véritable compétition ?

La présence remarquée de figures de premier plan lors des rencontres de Chouki — telles que Rachid Talbi Alami ou Mohamed Boussaïd — renforce l’idée d’un processus balisé à l’avance. Les déclarations d’Abderrahim Ouattas, mettant en avant la cohésion du parti et la difficulté de la phase à venir, confirment cette volonté de projeter une image de stabilité. Mais elles laissent aussi transparaître la conscience que le RNI s’apprête à affronter une séquence politique délicate, nécessitant plus qu’une simple continuité de façade.

Cette narration institutionnelle, relativement lisse, est cependant concurrencée par un contre-discours issu de l’espace numérique, notamment à travers une vidéo diffusée par la chaîne Foulk. Sans formuler d’accusations directes, ce contenu propose une lecture alternative du parcours de Mohamed Chouki, en mettant l’accent sur la relation structurelle entre capital économique et pouvoir politique.

Selon cette analyse, Chouki n’est pas le produit d’un long militantisme partisan, mais plutôt une figure issue du monde des affaires internationales, ayant bâti sa trajectoire professionnelle au sein de cercles d’investissement étrangers, notamment émiratis. Le discours rappelle son parcours académique, puis son rôle dans la gestion de portefeuilles financiers liés à des fonds d’investissement internationaux, pour poser une question politique légitime : où s’arrête l’économie, et où commence la souveraineté politique ?

Le propos ne vise pas à établir une culpabilité, mais à interroger le modèle émergent de leadership partisan. Peut-on confier la direction d’un grand parti, appelé à gouverner ou à structurer l’action publique, à une personnalité perçue avant tout comme gestionnaire d’intérêts économiques transnationaux ? La question n’est pas morale, mais fondamentalement politique et institutionnelle.

Ce questionnement est renforcé par l’évocation de précédents marocains, comme l’affaire Ahmed Khrif en 2008, pour rappeler que la sensibilité à l’égard des liens extérieurs n’est pas un fantasme médiatique, mais une constante dans la culture politique nationale, où l’autonomie symbolique des élites demeure un critère implicite de légitimité.

D’un point de vue politique, le contre-discours numérique recompose également le parcours partisan de Chouki sous l’angle du « nomadisme politique » : de la jeunesse du PAM à son intégration rapide au RNI, puis à son ascension fulgurante jusqu’au sommet de l’appareil. Une progression que certains interprètent moins comme le fruit d’un mérite organisationnel que comme l’expression d’un capital relationnel et financier.

Ainsi se dessine une tension centrale : d’un côté, un récit officiel qui présente Chouki comme le garant de la continuité et de la stabilité ; de l’autre, une lecture critique qui y voit le symptôme d’une transformation plus profonde du champ partisan, où les partis deviennent progressivement des espaces de gestion de réseaux économiques plutôt que des lieux de production d’élites politiques issues du militantisme.

En définitive, le débat autour de Mohamed Chouki ne porte ni sur sa légalité, ni sur sa conformité statutaire, celles-ci étant acquises, mais sur la légitimité du modèle qu’il incarne. S’agit-il d’une alternance interne démocratique, ou d’une nouvelle forme de « désignation politique douce », inspirée des logiques de gouvernance d’entreprise ? La question reste ouverte, non comme une accusation, mais comme une clé de lecture indispensable pour comprendre les mutations contemporaines du rapport entre politique et capital au Maroc.

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