Lecture analytique de la lettre de Mohamed Ouzine au Chef du gouvernement
Au Maroc aujourd’hui, certains textes politiques ne se lisent plus seulement pour ce qu’ils disent, mais pour ce qu’ils révèlent.
La lettre adressée par Mohamed Ouzine, député et secrétaire général du Mouvement Populaire, au Chef du gouvernement, n’est pas une simple missive de protestation hors des cadres institutionnels. C’est un document politique et culturel qui porte en lui bien plus que ses phrases explicites.
Ici, nous ne republions pas cette lettre, nous l’analysons.
Pourquoi a-t-elle été écrite ?
Pourquoi maintenant ?
Et que dit-elle, surtout, entre les lignes ?
De la forme au sens : pourquoi une lettre ouverte ?
La première chose qui frappe dans le texte d’Ouzine n’est pas son contenu, mais sa forme.
Une lettre ouverte adressée au Chef du gouvernement par un parlementaire, en dehors de l’hémicycle, est en soi un signal : celui d’un blocage du débat institutionnel.
Ouzine justifie ce choix par un constat politique clair :
absence prolongée du Chef du gouvernement au Parlement, silence face aux questions écrites, refus d’une session extraordinaire.
La lettre cesse alors d’être un simple choix et devient une nécessité politique, un témoignage sur un vide démocratique.
Le véritable événement n’est pas un festival
À première vue, le déclencheur est le festival « Boulevard » et les violences qui l’ont accompagné.
Mais une lecture attentive montre que le festival n’est qu’un symptôme d’un problème plus profond :
la relation de l’État à la culture, à la parole et à la jeunesse.
Ouzine ne s’attaque ni à l’art ni aux festivals en tant que tels.
Il dénonce la banalisation institutionnelle de la violence verbale et de la vulgarité, lorsque l’argent public finance des discours qui heurtent la dignité et les valeurs collectives.
De la violence symbolique à la violence réelle
Le cœur de l’analyse d’Ouzine est là :
quand on normalise la violence des mots, on ne peut s’étonner de voir surgir la violence des actes.
Ce qui s’est produit au stade du Racing, selon lui, n’est pas un accident, mais le produit logique d’un déséquilibre culturel, où la scène devient modèle et la provocation, référence.
Le temps comme politique
Un autre élément central est le calendrier.
Organiser des festivals au moment de la rentrée scolaire n’est pas un détail : c’est un choix politique.
Comment demander aux jeunes de se concentrer, tout en les happant par le bruit des plateformes et des scènes ?
Comment prêcher l’effort et financer ses caricatures ?
Le budget comme miroir des valeurs
Quand Ouzine évoque l’eau, le lait, le coût de la vie et la rentrée scolaire, il ne s’éloigne pas du sujet : il le précise.
Le message est clair : un budget est aussi une éthique.
Dans un pays sous pression sociale, financer des spectacles controversés devient un acte politique qui révèle les priorités réelles.
Entre le pouvoir et la réalité
Au fond, la lettre d’Ouzine est moins une attaque qu’un avertissement.
Un rappel que le pouvoir ne se confond pas avec le nombre, et que le silence n’est jamais synonyme de consentement.
La question posée est simple et grave :
voulons-nous un État qui gère le sens, ou un État qui se contente de gérer le bruit ?
Conclusion
La lettre de Mohamed Ouzine est le symptôme d’une crise plus large :
crise des priorités,
crise du dialogue,
crise du rôle culturel de l’État.
Et si elle se termine par « à suivre », c’est parce que les questions qu’elle pose restent, pour l’instant, sans réponse.



