Lors d’une rencontre organisée par le groupe parlementaire du Parti de la Justice et du Développement à l’arrondissement Fida-Mers Sultan, Abdelillah Bouaouane, président du groupe, n’a pas seulement commenté la démission d’Aziz Akhannouch de la présidence du gouvernement et du parti Rassemblement National des Indépendants. Il a ouvert une fenêtre sur une lecture plus profonde de ce qu’il qualifie de « fin politique » du gouvernement, en mettant l’accent sur la fragilité de sa légitimité depuis les élections du 8 septembre, la multiplication des conflits d’intérêts, et le déficit de réponses aux enjeux sociaux et économiques des citoyens.
Bouaouane a rappelé que, depuis avril 2024, des signaux clairs montraient la difficulté du gouvernement à transformer ses programmes en résultats concrets. Selon lui, les erreurs ne se limitent pas à la gestion économique mais s’étendent à l’éducation et la santé, où « les chiffres officiels contrastent avec la réalité sur le terrain », soulignant l’écart entre les financements massifs annoncés et leur impact effectif.
Dans le secteur de l’éducation, il a mis en lumière les limites des lois et stratégies successives, de 1998 à 2008, en passant par des initiatives ultérieures, sans changement réel dans les indicateurs de performance. Les écoles sportives, par exemple, restent un projet largement absent dans la pratique, malgré les budgets conséquents alloués. L’enseignement fondamental, quant à lui, souffre d’un manque d’équipements et d’accès dans plusieurs régions, alors que d’importants financements « se sont évaporés sur le papier » sans effet tangible.
Le secteur de la santé n’est pas mieux loti. Les projets de centres de santé et de reconstruction des hôpitaux majeurs, selon Bouaouane, n’ont pas atteint les objectifs fixés, malgré des investissements de centaines de milliards de dirhams. Il cite notamment l’exemple de l’hôpital Mohammed III où les services ont été retardés, avec une mauvaise gestion dans plusieurs régions, affectant directement la vie des citoyens, en particulier les femmes enceintes confrontées à des difficultés pour accéder aux soins nécessaires.
Bouaouane a également abordé les dimensions sociales et économiques plus larges. La pauvreté est en hausse, et le nombre de ménages en situation de fragilité sociale croît, tandis que les investissements publics, malgré leur ampleur, ne semblent pas résoudre les problèmes concrets sur le terrain.
Il a par ailleurs évoqué les signes de favoritisme et de clientélisme dans les nominations et les marchés publics, qu’il considère comme des indicateurs de la dérive du gouvernement par rapport à la bonne gouvernance. Mais il a relié ces observations au contexte général des investissements publics, où une distribution inégale affecte la productivité et la qualité des projets.
Ce qui distingue le discours de Bouaouane, c’est qu’il ne se limite pas à la critique. Il propose une lecture approfondie de la réalité politique, économique et sociale : selon lui, le gouvernement a atteint sa fin politique, ce qui explique la démission d’Akhannouch et l’arrêt des grandes initiatives. Mais les défis persistent, et la nécessité d’évaluer les performances et les résultats devient plus pressante que jamais.
Cette analyse révèle non seulement la fragilité de la légitimité gouvernementale, mais elle souligne également la nécessité de réformes véritables dans la gestion de l’action publique, au-delà des slogans ou des annonces médiatiques, en particulier dans les secteurs clés de l’éducation, de la santé et de l’économie.



