Lecture analytique du parcours d’Aziz Akhannouch et de la question de la stabilité politique au Maroc
Contribution au débat public à partir d’une réflexion du Pr. Driss Ksour
Il n’est pas aisé d’aborder le cas d’Aziz Akhannouch sans distinguer ce qui relève de l’individu et ce qui renvoie à une configuration structurelle plus large. La controverse qui entoure aujourd’hui le Chef du gouvernement ne tient pas uniquement à sa personne, mais surtout au modèle politico-économique qu’il incarne dans la gestion du pouvoir et des affaires publiques.
La contribution intellectuelle transmise par le professeur universitaire Driss Ksour ne se présente pas comme une accusation juridique, mais comme une lecture critique posant une question centrale :
Aziz Akhannouch correspond-il aux standards classiques de l’homme d’affaires et de l’économiste, ou est-il plutôt le produit d’une ingénierie du pouvoir propre à certaines phases de l’État marocain ?
Homme d’affaires ou produit d’une ingénierie étatique ?
L’analyse remet en question la qualification d’« homme d’affaires » au sens économique académique, qui suppose notamment :
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le respect des règles de la concurrence,
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la séparation entre capital économique et pouvoir politique,
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la création de valeur réelle au service du développement.
Selon cette grille de lecture, l’ascension économique d’Aziz Akhannouch ne serait pas uniquement le fruit d’une trajectoire entrepreneuriale autonome, mais s’inscrirait dans un contexte où l’administration et les réseaux d’influence ont historiquement joué un rôle déterminant dans la fabrication des élites économiques.
Il ne s’agit pas ici de faits judiciairement établis, mais d’un discours critique partagé par une partie des élites intellectuelles, qui interrogent les frontières floues entre économie de marché, rente et pouvoir.
De l’économie à la politique : une transposition des méthodes ?
La réflexion se prolonge sur le terrain politique. La question posée est la suivante :
les logiques de domination économique ont-elles été transposées dans la gestion du champ partisan et gouvernemental ?
Dans cette perspective, l’accession d’Aziz Akhannouch à la tête du Rassemblement National des Indépendants s’expliquerait moins par un parcours militant classique que par un vide politique laissé après :
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la montée en puissance du Parti de la Justice et du Développement après 2011,
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l’échec de plusieurs tentatives de recomposition du champ partisan,
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la crise du « blocage gouvernemental » qui a fragilisé la confiance politique.
Akhannouch aurait ainsi été perçu comme un « homme de la situation », davantage que comme le produit d’une légitimité politique construite dans la durée.
D’homme providentiel à symbole de crispation
L’un des aspects les plus sensibles de cette lecture ne réside pas dans l’accusation, mais dans la dimension symbolique. À mesure que les tensions sociales s’accumulent et que les effets des politiques publiques tardent à se faire sentir, la figure du Chef du gouvernement tend à devenir un réceptacle des frustrations collectives.
Ce phénomène de personnalisation du malaise social, qu’il soit équitable ou non, devient politiquement préoccupant lorsqu’il s’accompagne :
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d’une extension du mécontentement à l’ensemble du territoire,
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d’une transversalité sociale et professionnelle,
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d’un affaiblissement de la confiance dans l’action publique.
La question de la stabilité : ce qui se dit à voix basse
L’analyse dépasse le cadre gouvernemental pour aborder une interrogation stratégique plus large :
la persistance des mêmes figures et des mêmes pratiques politiques peut-elle constituer un facteur de tension dans une phase sensible, marquée par de grands enjeux nationaux tels que l’organisation de la Coupe du monde 2030 et les dynamiques de transition institutionnelle ?
Le propos n’appelle ni à la rupture ni à la confrontation, mais à une anticipation politique raisonnée, fondée sur :
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le renouvellement des élites,
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la clarification des responsabilités,
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la restauration de la confiance entre l’État et la société.
Conclusion analytique
Cette contribution, malgré la vigueur de certaines formulations initiales, traduit avant tout une inquiétude intellectuelle et civique face à la confusion entre pouvoir économique et pouvoir politique, et à la réduction de l’action publique à une logique technocratique déconnectée du ressenti social.
Il ne s’agit pas d’un acte d’accusation, mais d’une invitation au débat :
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sur le modèle économique,
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sur l’architecture du champ politique,
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sur les conditions de la stabilité et de la continuité institutionnelle au Maroc.
La question demeure ouverte :
le Maroc a-t-il aujourd’hui besoin des mêmes figures… ou d’un nouvel horizon politique ?



