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Après sept années de soif : décryptage de l’annonce de la « sortie de la sécheresse » entre science et politique

À un moment politico-technique particulièrement sensible, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a choisi d’annoncer depuis le Parlement la « sortie officielle du Maroc de la situation de sécheresse ». Une formule dense, rassurante en apparence, mais dont la portée réelle dépasse largement le simple constat météorologique. Elle appelle une lecture analytique, attentive aux chiffres certes, mais surtout aux significations implicites et au contexte dans lequel ce discours s’inscrit.

Sept années de sécheresse ne relèvent pas d’un simple épisode climatique dans la mémoire collective. Elles ont profondément modifié le rapport des Marocains à l’eau, mais aussi leur perception de l’action publique et des politiques de gestion des ressources. Déclarer aujourd’hui la fin de cette séquence ne peut donc être interprété comme une amélioration conjoncturelle des précipitations, mais comme un tournant dans le récit officiel de la sécurité hydrique.

Le ministre a pris soin d’ancrer son propos dans une définition technique précise : une année est qualifiée de sèche lorsque le déficit pluviométrique dépasse 20 % par rapport à la moyenne. Or, cette saison enregistre non pas un déficit, mais un excédent de 17,6 % par rapport à la normale, et de 95 % comparativement à l’année précédente. Ce cadrage scientifique confère au discours une légitimité méthodologique, comme pour prévenir toute lecture émotionnelle ou contestataire.

Mais le message ne se limite pas à la pluie. Les chutes de neige, quasiment absentes ces dernières années, ont marqué un retour remarquable. Plus de 55 000 km² ont été couverts de neige, avec des épaisseurs atteignant un à deux mètres dans les zones montagneuses dépassant 2 500 mètres d’altitude. Ces données ne sont pas évoquées pour leur effet spectaculaire, mais pour leur valeur stratégique : la neige constitue une réserve hydrique différée, silencieuse, qui alimente progressivement les bassins et offre au système de gestion de l’eau un répit précieux.

La hausse du taux de remplissage des barrages — de 28 % à 46 % en l’espace d’une année — est sans doute l’indicateur le plus saillant du discours ministériel. Avec 7,7 milliards de mètres cubes stockés et plusieurs barrages atteignant, voire dépassant, leur capacité maximale, la logique du manque cède temporairement la place à celle d’une relative abondance. Le fait que 37 petits barrages aient dû procéder à des lâchers d’eau pour éviter les débordements est, en soi, un signal fort d’un changement de situation.

Toutefois, ce basculement n’est jamais présenté comme la fin définitive de la crise. Le ministre parle avec prudence d’un « gain d’une année d’eau potable » à l’échelle nationale. L’expression est lourde de sens : elle suggère que le problème est structurel, et que l’amélioration actuelle offre avant tout un délai supplémentaire, non une solution durable.

C’est dans cette perspective que prennent tout leur sens les références insistantes au dessalement de l’eau de mer et à l’interconnexion des bassins hydrauliques. Si la sécheresse était définitivement derrière nous, ces projets n’auraient pas été rappelés avec autant de vigueur. Le message implicite est clair : l’État ne mise plus uniquement sur la pluviométrie, mais sur une diversification assumée des ressources et une refonte de la géographie hydrique nationale à travers ce que l’on appelle désormais « l’autoroute de l’eau ».

Sur le plan politique, ce discours participe à la reconstruction de la confiance dans les politiques publiques de l’eau, après des années de restrictions et d’inquiétudes. Socialement, il vise à rassurer à la fois les agriculteurs et les consommateurs, sans céder à un triomphalisme prématuré. Historiquement enfin, il traduit une prise de conscience claire : la sécheresse n’est plus une exception, mais une hypothèse permanente, et en sortir ne se mesure pas à une seule saison pluvieuse, mais à la capacité du pays à résister lorsque la pluie viendra à manquer de nouveau.

Ainsi, le ministre ne dit pas que « la crise est terminée », mais que le Maroc a franchi un seuil critique et gagné un temps précieux. Or, en matière d’eau, le temps n’est pas un simple paramètre technique : il constitue un enjeu stratégique et souverain à part entière.

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