samedi, janvier 3, 2026
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Pêche maritime : quand la Russie agit comme si le Sahara était marocain

Pêche maritime : quand la Russie parle le langage des intérêts et consacre, sans le dire, la souveraineté marocaine sur le Sahara

À une époque où les relations internationales gagnent en complexité et en zones grises, l’accord de pêche maritime conclu entre le Maroc et la Russie vient redessiner, en silence, de nouvelles lignes d’interaction diplomatique et économique. Derrière l’apparence d’un dispositif technique se cache une réalité plus profonde, qui mérite d’être lue au-delà du simple registre administratif.

L’Agence fédérale russe des pêches et des sciences océaniques a officiellement ouvert la procédure de dépôt des demandes d’attribution de quotas de pêche au profit des entreprises russes souhaitant opérer dans les eaux atlantiques marocaines, dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord bilatéral signé le 17 octobre 2025 entre Rabat et Moscou. Un geste qui, loin d’être isolé, s’inscrit dans une dynamique plus large de redéfinition des partenariats stratégiques.

Le texte de l’accord… et ce qu’il ne dit pas

Sur le plan formel, la période de candidature s’étend du 12 au 30 janvier 2026 et concerne des espèces pélagiques à forte valeur stratégique : sardine, sardinelle, maquereau, anchois, entre autres. En apparence, il s’agit d’un cadre strictement réglementaire, imposant aux opérateurs russes le respect rigoureux de la législation marocaine en matière de pêche maritime ainsi que des normes environnementales en vigueur.

Mais une lecture attentive révèle des signaux plus subtils.
D’abord, l’accord actuel succède à un cadre antérieur arrivé à échéance en décembre 2024, confirmant une continuité dans la coopération, mais selon des paramètres renouvelés et plus explicites. Ensuite, le choix des espèces ciblées traduit non seulement un enjeu économique, mais aussi un positionnement stratégique autour de ressources essentielles à la sécurité alimentaire.

Surtout, et c’est là l’élément central, le texte russe consacre le droit marocain comme référence exclusive pour l’organisation et le contrôle de l’activité dans ces eaux. Aucune formule ambiguë, aucune précaution sémantique : l’espace maritime est traité comme relevant pleinement de la souveraineté du Royaume.

Du “neutralisme politique” à la reconnaissance par la pratique

C’est ici que le sens politique réel de l’accord prend forme.
La Russie, historiquement attachée à une posture de neutralité déclarative sur la question du Sahara, opère un glissement discret mais significatif : elle adopte une reconnaissance fonctionnelle et pragmatique de la souveraineté marocaine, non par le discours, mais par l’action.

En relations internationales, ce type de reconnaissance est souvent plus déterminant que les déclarations officielles. Les grandes puissances, lorsqu’elles doutent d’un statut territorial, multiplient les réserves juridiques et les précautions linguistiques. Moscou, cette fois, ne l’a pas fait. Elle a intégré les eaux atlantiques, y compris celles des provinces du Sud, dans un cadre d’exploitation régi exclusivement par les autorités marocaines.

Il s’agit d’un passage du neutralisme verbal à l’acceptation par l’intérêt.

La pêche maritime comme levier diplomatique

Cet accord ne peut être dissocié de la stratégie marocaine visant à diversifier ses partenariats internationaux, notamment après les turbulences juridiques ayant marqué certaines relations avec l’Union européenne autour des accords incluant le Sahara. La pêche maritime, loin d’être un secteur purement technique, demeure un espace hautement politisé, souvent instrumentalisé dans les équilibres régionaux.

Le silence observé du côté de l’Algérie et du Front Polisario contraste avec les réactions vives suscitées par des accords similaires avec d’autres partenaires. Un silence qui, à lui seul, en dit long sur la portée réelle de cette initiative russo-marocaine.

Entre faits établis et hypothèses raisonnables

Le calendrier de l’annonce s’inscrit dans un contexte plus large de rapprochement bilatéral, touchant des secteurs aussi sensibles que l’énergie ou les infrastructures. La coopération halieutique apparaît ainsi comme un maillon d’un ensemble stratégique plus cohérent.

Par ailleurs, l’insistance sur les mécanismes juridiques et environnementaux soulève des interrogations légitimes sur les dispositifs de contrôle, d’évaluation et de durabilité des ressources, dans un domaine historiquement exposé aux tensions entre rentabilité économique et préservation des écosystèmes.

Conclusion : quand les intérêts parlent plus fort que les communiqués

L’ouverture des demandes de quotas de pêche dans les eaux marocaines ne constitue pas un simple fait divers administratif. Elle marque une étape supplémentaire dans la consolidation de la marocanité du Sahara par la pratique concrète et l’intégration économique internationale.

La Russie n’a pas proclamé une reconnaissance officielle. Elle a fait plus discret, et peut-être plus décisif : elle a agi comme si la question était tranchée.

Dans les relations internationales contemporaines, ce sont souvent ces actes silencieux qui construisent les réalités durables.
Par l’économie,
par l’investissement,
par l’intégration progressive des provinces du Sud dans les réseaux d’intérêts globaux.

Reste alors une question, non pour provoquer, mais pour inviter à réfléchir :
assistons-nous à l’émergence d’un nouveau standard, où la souveraineté se confirme par l’usage et la coopération avant même d’être proclamée ?

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