Les groupes d’opposition au Parlement marocain s’apprêtent à intensifier leur confrontation avec le gouvernement, après l’adoption finale du projet de loi de réorganisation du Conseil national de la presse, en portant le débat devant la Cour constitutionnelle. Ce choix illustre la tension politique croissante autour de la gestion du secteur de la presse dans le pays.
Dans une déclaration aux médias, Mohamed Ouzzine, secrétaire général du Parti du Mouvement Populaire, a affirmé que le recours au tribunal constitutionnel répond à ce qu’il qualifie de « logique de la force » exercée par la majorité gouvernementale. Il a précisé que son parti avait proposé à lui seul 63 amendements pour améliorer le texte législatif, tous rejetés par le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, soutenu par la majorité.
Ouzzine a souligné que le projet de loi n°15.23, portant création d’une commission temporaire chargée de la gestion du secteur de la presse et de l’édition, présente des « lacunes formelles et substantielles », estimant qu’il a été conçu selon des « critères commerciaux » qui risquent de compromettre l’indépendance et la crédibilité de la presse, plutôt que de servir son rôle d’organe de responsabilité et d’éthique.
De son côté, Loubna Aloui, parlementaire représentant l’Union nationale du travail au Maroc au sein de la Chambre des conseillers, a affirmé que les composantes de l’opposition (Union socialiste, Mouvement populaire, Parti du progrès et du socialisme, et Justice et développement) sont pleinement unies pour porter le projet devant la Cour constitutionnelle. Elle a précisé que l’opposition étudie actuellement les mécanismes légaux d’orientation du texte vers le tribunal, cette démarche devenant « inévitable » après le retrait collectif des groupes d’opposition de la séance de vote, en signe de protestation contre le « refus catégorique » du gouvernement d’accepter toute proposition d’amendement.
Cette initiative intervient dans un contexte de rejet professionnel général du projet de loi, perçu par l’opposition et les acteurs du secteur comme un recul dans la gestion démocratique de la presse. Le gouvernement, pour sa part, le considère comme une solution « temporaire » pour surmonter le blocage qui a affecté le Conseil national de la presse.
Ce dossier soulève ainsi des questions centrales sur l’avenir juridique et institutionnel de la presse au Maroc, et met en lumière le fragile équilibre entre l’indépendance des institutions médiatiques et les orientations législatives, au sein d’un paysage politique marqué par des tensions persistantes.



