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Inondations à Safi : que révèlent les déclarations de Nizar Baraka sur les limites de la protection et de l’anticipation ?

Pour sa première prise de parole officielle sous la coupole du Parlement à la suite des inondations exceptionnelles qu’a connues la ville de Safi, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, a choisi un registre mesuré, fortement ancré dans le langage technique et la référence aux mutations climatiques. Un discours qui accumule les données, annonce des études et promet l’anticipation, mais qui laisse aussi transparaître, en filigrane, les limites des dispositifs de prévention actuellement en place.

Des précipitations exceptionnelles face à une vulnérabilité urbaine persistante

Le ministre a d’abord rappelé l’ampleur des précipitations enregistrées au cours des dix derniers jours, soulignant qu’elles ont permis d’ajouter 482 millions de mètres cubes aux réserves des barrages, portant leur taux de remplissage à près de 34 %. Des chiffres globalement positifs sur le plan hydrique, mais qui prennent une tout autre signification dans le cas de Safi.

Car ici, l’abondance de l’eau s’est transformée en facteur de risque. Selon Baraka, les pluies se sont concentrées sur une courte durée et dans une zone particulièrement sensible : le centre-ville. Résultat : le barrage censé protéger la ville, situé à neuf kilomètres, n’a retenu que 200 000 mètres cubes sur une capacité totale de 3,5 millions, ce qui l’a empêché de jouer son rôle. Une explication technique qui renvoie à la localisation des flux hydriques, mais qui interroge aussi l’adéquation des infrastructures existantes avec l’évolution de l’urbanisation et des phénomènes climatiques extrêmes.

Une « autre » protection : l’aveu implicite d’un modèle à bout de souffle

L’annonce du lancement d’une étude pour mettre en place une « autre » infrastructure de protection contre les inondations constitue l’un des points centraux de l’intervention ministérielle. Le choix des mots n’est pas anodin : il ne s’agit pas d’un simple ajustement, mais bien d’un changement d’approche, notamment à travers l’élargissement de l’exutoire de l’oued Chaâba afin qu’il se déverse directement dans la mer.

Cette orientation préventive ouvre des perspectives à moyen et long terme, mais elle souligne aussi un décalage temporel : la réponse structurelle reste conditionnée aux études et à la programmation, alors même que les conséquences sociales et humaines de la catastrophe sont encore bien présentes.

La dimension sociale sous l’arbitrage royal

Sur le volet social, Nizar Baraka a mis en avant la décision royale de lancer un programme de réhabilitation des zones sinistrées, incluant des aides urgentes aux familles affectées et la prise en charge des habitations endommagées. Cette référence replace l’intervention de l’État dans une logique de solidarité et de réparation, tout en rappelant que les autorités locales poursuivent l’opération de recensement des dégâts.

Toutefois, cette réponse post-crise ne dissipe pas les interrogations sur la capacité des politiques publiques à prévenir ce type de drames dans une ville industrielle et côtière comme Safi, censée figurer parmi les territoires prioritaires en matière de planification urbaine résiliente.

Cartographie des risques : reconnaître l’obsolescence pour mieux anticiper

Autre annonce majeure : la révision complète de l’atlas des zones exposées aux inondations. Le ministre a reconnu que l’outil existant est désormais dépassé, en raison des effets du changement climatique, et qu’un nouvel atlas devrait voir le jour l’année prochaine. L’intégration immédiate de Safi dans cette nouvelle cartographie traduit un changement de statut : la ville passe d’un risque potentiel à un risque avéré.

Ce constat pose implicitement la question de la réactivité des instruments de prévision face à la rapidité des transformations climatiques et territoriales.

Projets multiples, efficacité à questionner

En dressant le bilan des projets réalisés ou en cours dans plusieurs régions du Royaume, le ministre a voulu souligner l’effort national consenti en matière de protection contre les inondations. Mais cette approche quantitative laisse ouverte une interrogation essentielle : celle de l’équité territoriale et de l’efficacité réelle des investissements, notamment dans les villes moyennes, souvent prises en étau entre croissance urbaine rapide et infrastructures inadaptées.

Entre discours maîtrisé et angles morts

Au final, l’intervention de Nizar Baraka propose une lecture technocratique et cohérente de la catastrophe de Safi, la présentant comme un événement exceptionnel appelant des ajustements structurels. Mais elle évite toute évaluation explicite des responsabilités institutionnelles passées ou des éventuels dysfonctionnements dans la coordination entre aménagement urbain, gestion des bassins hydrauliques et politiques de prévention.

La tragédie de Safi apparaît ainsi moins comme un simple épisode climatique que comme un révélateur : celui de la nécessité pour les politiques publiques de passer d’une logique de réaction à une véritable culture de l’anticipation, où la planification, la prévention et la protection des citoyens deviennent des priorités concrètes, et non de simples promesses post-crise.

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