Maroc – CAN 2025 : quand l’accréditation médiatique devient une question qui dérange
Le dossier des accréditations médiatiques pour la couverture de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc n’a rien d’un simple détail organisationnel. En quelques jours, il s’est imposé comme un révélateur d’un malaise plus profond au sein du paysage médiatique sportif national, soulevant des interrogations qui dépassent largement la technique administrative pour toucher au cœur du rapport entre la presse professionnelle et les institutions chargées des grands événements.
Des journalistes, femmes et hommes, remplissant l’ensemble des conditions légales et professionnelles, se sont retrouvés écartés des listes d’accès aux stades, sans explication claire ni justification publique. Un sentiment d’injustice s’est alors installé, non pas comme une somme de cas individuels, mais comme le signe d’un dysfonctionnement plus large dans la gestion d’un droit fondamental : l’accès à l’information.
C’est dans ce contexte que le pôle sportif du Syndicat national de la presse marocaine est intervenu, exprimant une vive inquiétude face à ce qu’il considère comme une atteinte au principe d’égalité des chances, mais aussi comme une contradiction flagrante avec le discours officiel vantant l’ouverture médiatique et le respect de la liberté de la presse. Car l’accréditation, ici, ne relève pas du privilège, mais d’une mission constitutionnelle liée au rôle de la presse : informer, contextualiser et accompagner l’événement.
L’image d’un pays, au-delà d’un différend professionnel
Le communiqué syndical ne s’est pas contenté d’aborder la question sous l’angle corporatiste. Il a d’emblée élargi la réflexion à l’image du Maroc, pays hôte d’une compétition continentale majeure. Le Royaume a, ces dernières années, accumulé des reconnaissances internationales pour ses capacités organisationnelles et logistiques. Pourtant, la gestion du volet médiatique, telle que décrite dans le communiqué, semble évoluer à contre-courant de cette dynamique.
L’absence de clarification officielle quant à l’instance responsable de l’élaboration des listes d’accréditation, ainsi que des critères retenus pour la sélection, alimente un flou difficilement justifiable dans un contexte de haute visibilité internationale. Lorsqu’un pays organise un événement de cette envergure, la réussite ne se mesure pas uniquement à la qualité des infrastructures, mais aussi à la transparence des procédures qui encadrent sa couverture médiatique.
Critères flous et sentiment de sélection arbitraire
Le point le plus sensible soulevé par le pôle sportif concerne ce qu’il décrit comme une opacité persistante dans la procédure d’accréditation. Cette opacité devient plus problématique encore lorsqu’elle coïncide avec l’exclusion de journalistes professionnels au profit de créateurs de contenu et d’influenceurs ne répondant pas, selon le syndicat, aux critères juridiques et éthiques définissant l’exercice du journalisme.
Il ne s’agit pas ici de nier les mutations profondes du paysage médiatique ni l’essor du numérique, mais de souligner l’absence de lignes claires séparant le journalisme, en tant que profession encadrée par la loi, et la production de contenu, activité libre mais soumise à d’autres logiques. Lorsque ces frontières deviennent floues sans cadre explicite, l’exclusion cesse d’être une décision administrative pour devenir une source légitime d’interrogation.
Les questions posées par le communiqué restent, à cet égard, d’une sobriété éloquente :
Qui établit les listes d’accréditation ?
Sur quels critères précis ?
Et pourquoi la presse professionnelle semble-t-elle reléguée au second plan à un moment où sa présence est pourtant essentielle ?
Corriger maintenant ou prolonger le malaise
Aux yeux du syndicat, cette situation ne porte pas uniquement atteinte aux droits des journalistes. Elle fragilise également la crédibilité de l’organisation médiatique de la CAN 2025 et installe une tension inutile au sein du corps de presse, tension qui aurait pu être évitée par une approche plus inclusive et concertée dès le départ.
Car dans les grands rendez-vous sportifs, la gestion de la communication et des médias constitue un pilier à part entière de la réussite globale. Elle façonne le récit, structure la perception et projette l’image du pays bien au-delà des frontières.
Les revendications formulées s’inscrivent ainsi dans une logique de responsabilité plus que de confrontation : corriger rapidement les dysfonctionnements constatés, accorder l’accréditation aux journalistes professionnels remplissant les conditions requises, rendre publics les critères et l’instance en charge des listes, et mettre fin à toute forme d’exclusion injustifiée, dans l’intérêt général et au service de l’image du Maroc.
Lire entre les lignes
Au fond, ce dossier ne se résume pas à une liste de noms acceptés ou refusés. Il interroge le modèle médiatique que l’on souhaite associer aux grands événements nationaux : un modèle fondé sur la clarté institutionnelle et le respect des règles, ou un modèle dominé par le silence et l’arbitraire perçu.
La conclusion du communiqué, par laquelle le syndicat se réserve le droit d’emprunter toutes les voies légales et syndicales nécessaires, ne sonne pas comme une menace, mais comme un dernier appel à la raison. Un appel à traiter ce dossier avec calme, transparence et sens de la responsabilité, à la hauteur d’un Maroc qui aspire à faire de la CAN 2025 une vitrine de réussite — sur le terrain comme dans l’espace médiatique.




