Dans les couloirs feutrés de la capitale tunisienne, là où le protocole rencontre les équilibres subtils de la politique arabe, la signature du protocole de coopération entre le Parlement arabe et l’Union des radios des États arabes n’a rien d’un simple geste administratif. Elle s’apparente plutôt à un signal stratégique, porteur d’un message clair : à l’ère des crises imbriquées et des opinions fragmentées, l’action parlementaire ne peut plus rester confinée aux hémicycles. Elle doit investir l’espace médiatique, s’y expliquer, s’y confronter, et parfois s’y réinventer.
C’est dans ce contexte que Son Excellence Adel bin Abderrahman Al-Assoumi, président du Parlement arabe, a signé à Tunis un protocole visant à renforcer la coopération bilatérale avec l’Union des radios des États arabes, lors d’une rencontre avec son directeur général au siège de l’organisation. Officiellement, l’accord ambitionne de développer le travail arabe commun. En filigrane, il interroge surtout le rôle que l’information peut — et doit — jouer dans l’accompagnement de la diplomatie parlementaire contemporaine.
Quand le média devient un acteur institutionnel
La diffusion des sessions du Parlement arabe sur les plateformes et chaînes relevant de l’Union, selon des modalités concertées, dépasse la simple logique de visibilité. Elle traduit une volonté de rapprocher l’institution parlementaire de l’opinion publique arabe, longtemps tenue à distance des mécanismes de décision collective. Rendre les débats accessibles, c’est aussi accepter qu’ils soient observés, discutés, parfois critiqués. Autrement dit, faire entrer le travail parlementaire dans l’espace du débat public.
Cette orientation renvoie à une mémoire politique arabe où la radio, puis les médias audiovisuels, ont souvent façonné les grandes narrations collectives. Mais elle place aujourd’hui l’Union des radios face à une responsabilité renouvelée : accompagner l’institution sans la transformer en simple objet de communication.
La diplomatie parlementaire à l’épreuve du présent
En soulignant que ce protocole s’inscrit dans une logique d’ouverture sur les institutions du système arabe commun, le président du Parlement arabe rappelle que la diplomatie parlementaire est devenue un levier incontournable. Dans un environnement régional marqué par les tensions, les recompositions et la défiance citoyenne, cette diplomatie ne peut plus se contenter de déclarations solennelles. Elle a besoin de relais crédibles, capables de traduire ses enjeux dans un langage compréhensible, sans en édulcorer la complexité.
L’Union des radios des États arabes, forte de son expérience et de son maillage médiatique, apparaît ici comme un partenaire stratégique. Non seulement pour diffuser, mais pour structurer un récit médiatique arabe qui ne soit ni fragmenté ni purement conjoncturel.
Former pour durer
Au-delà de la signature, la visite a été l’occasion pour le président du Parlement arabe de prendre connaissance des activités de l’Union, notamment de son centre de formation. Ce dernier incarne une approche plus durable du travail médiatique : investir dans la compétence, l’adaptation au numérique et la compréhension des mutations rapides du paysage informationnel.
L’éloge adressé à ce centre, doté d’équipements modernes et de compétences arabes reconnues, révèle une prise de conscience partagée : l’avenir du travail parlementaire, comme celui de l’information, dépendra de la capacité à former des acteurs capables de lire le réel, et non de le simplifier à l’excès.
Au-delà de l’accord
En définitive, ce protocole peut être lu comme une étape, non comme une finalité. Une tentative de réduire la distance entre l’institution et le citoyen, entre la décision politique et sa réception sociale. Il rappelle surtout que le travail arabe commun, pour retrouver sens et crédibilité, a besoin d’un média qui éclaire sans aveugler, qui accompagne sans complaisance, et qui accepte d’être, parfois, une voix exigeante.
Car l’information, lorsqu’elle assume pleinement son rôle, ne se contente pas d’amplifier les discours : elle en éprouve la cohérence et en révèle la portée réelle.



