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Trésorerie marocaine : 7 milliards de dirhams en décembre et analyse de la finance publique

Ministère des Finances : entre les besoins de trésorerie et la réalité économique du Maroc

Dans les couloirs du Ministère de l’Économie et des Finances, où chaque dirham est compté et chaque point de pourcentage pesé, un communiqué du 19 décembre 2025 attire peu l’attention dans la rue, mais révèle un réel défi financier : les besoins de trésorerie de l’État pour le mois de décembre pourraient atteindre 7 à 7,5 milliards de dirhams.

À première vue, ce chiffre peut sembler ordinaire. Mais en réalité, il met en lumière une lutte constante avec la liquidité et le financement public. La Direction Générale du Trésor et des Finances Extérieures annonce le recours au marché des adjudications de valeurs du Trésor, mécanisme traditionnel pour combler les déficits temporaires et assurer le paiement des dépenses dans les délais légaux.

Pression sur les finances publiques

Avant décembre, les besoins de trésorerie en novembre se situaient entre 10 et 10,5 milliards de dirhams. Cette légère baisse ne traduit pas une amélioration, mais une fluctuation persistante de la liquidité, liée soit à l’augmentation des dépenses, soit au ralentissement de la collecte fiscale, ou aux deux. Tout cela se produit dans un contexte où le Maroc cherche à développer ses infrastructures et élargir la protection sociale, tout en faisant face à des conditions économiques mondiales instables.

Un déficit budgétaire croissant

À fin novembre 2025, le déficit a atteint environ 68,8 milliards de dirhams, une hausse significative par rapport à la même période de l’année précédente. Ce déficit n’est pas seulement un écart entre recettes et dépenses, mais inclut également des coûts plus élevés pour le service de la dette publique (intérêts et commissions).

Le constat : le financement continu via le marché monétaire n’est pas une option, mais une nécessité imposée par la réalité.

Une dette publique persistante

Le recours aux instruments de dette pour couvrir les besoins financiers n’est pas nouveau. Dans le projet de loi de finances 2025, les dépenses liées aux intérêts et commissions de la dette du Trésor ont dépassé 45 milliards de dirhams, tandis que la dette publique totale a atteint plus de 1 053 milliards de dirhams.

Ces chiffres ne sont pas de simples données, mais un historique cumulatif montrant la dépendance de l’État à l’emprunt pour combler l’écart entre recettes et dépenses, tout en portant le fardeau de la dette elle-même.

Quand le besoin prime sur la gouvernance

L’annonce de besoins de trésorerie inhabituels en décembre, mois normalement favorable à l’amélioration des recettes, reflète une tension de liquidité pouvant résulter de :

  • la hausse des dépenses sociales (éducation, santé, programmes de soutien) ;

  • des investissements majeurs dans les infrastructures malgré un contexte international difficile ;

  • un déficit fiscal insuffisamment réduit par rapport aux engagements de réforme.

Pour le citoyen, cela se traduit par une augmentation des impôts, une fluctuation des services publics et une dépendance à la dette comme solution temporaire, donnant l’impression que le gouvernement est dans une course contre le temps pour maintenir l’équilibre financier.

Comparaison avec le passé

Ces dernières années, le pays a connu une expansion des programmes sociaux, une hausse des dépenses essentielles et des investissements stratégiques, le tout dans un contexte économique mondial complexe. Cette combinaison rend le financement public un défi permanent, inséré dans un cadre plus large que les chiffres mensuels ne peuvent saisir.

Croissance des recettes vs augmentation des dépenses

Les recettes fiscales ont augmenté d’environ 15,8 % à fin novembre 2025, mais elles n’ont pas suivi l’accroissement des dépenses publiques (+13,5 %), en particulier pour les postes opérationnels, les investissements et le service de la dette.

Chaque hausse des recettes fiscales ne correspond pas nécessairement à une amélioration du pouvoir d’achat des citoyens, creusant l’écart entre la politique financière et la réalité sociale.

Lecture historique et juridique

Les finances publiques marocaines sont le résultat de décennies d’accumulation. Avec le ralentissement de la croissance mondiale et l’augmentation des pressions sociales, les marges budgétaires traditionnelles ne suffisent plus à combler les écarts.

La loi de finances impose des stratégies claires pour réduire le déficit et limiter le recours à l’emprunt, mais leur application reste tributaire d’équilibres politiques et sociaux, et pas seulement économiques.

Implications pour le citoyen

Quand le Ministère des Finances indique que la trésorerie a besoin de 7 milliards de dirhams en décembre, il communique en réalité :

  • nous avons besoin de financement pour couvrir nos obligations essentielles ;

  • la croissance actuelle ne génère pas suffisamment de ressources pour faire face à des dépenses accrues ;

  • l’année 2025 a révélé un déficit supérieur aux prévisions ;

  • l’économie nationale traverse une phase de réflexion profonde sur les priorités de dépenses et de fiscalité.

Conclusion

Le communiqué du Ministère n’est pas qu’un simple chiffre financier dans un tableau : c’est un appel silencieux. Le déficit augmente, la dette pèse sur les ressources, les recettes fiscales progressent mais restent insuffisantes face à l’augmentation des dépenses, et l’État continue de recourir à l’emprunt.

Cette réalité peut sembler technique, mais elle réveille le débat national sur les priorités d’investissement, la justice sociale et la réforme du système financier public pour sortir d’une dépendance chronique à l’emprunt en fin d’exercice.

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