Lors d’une séance parlementaire marquée par la tension et l’urgence, Abdellah Bouanou, chef du groupe du Parti de la Justice et du Développement à la Chambre des députés, a rouvert le dossier sensible des marchés pharmaceutiques, lançant une critique politique mais également technique, soulignant ce qu’il perçoit comme un conflit d’intérêts latent au sein du gouvernement, et des dysfonctionnements potentiels affectant le circuit du médicament, depuis l’autorisation jusqu’à la disponibilité des traitements essentiels.
Malgré la longueur et la dispersion de son intervention, le message central est clair : il existe un déficit de clarté et de transparence dans la gestion des médicaments au Maroc, et le gouvernement n’a pas apporté de réponses satisfaisantes aux interrogations soulevées.
Une crise structurelle plutôt que ponctuelle
Dès ses premiers mots, Bouanou insiste sur le fait que le problème dépasse le simple « prix d’un médicament » ou « un marché douteux ». Il évoque une gouvernance qui ne fonctionne pas de manière transparente, où les institutions, bien qu’informées des pénuries potentielles de certains médicaments jusqu’à six mois à l’avance, restent incapables d’agir efficacement.
Il pose ainsi la question fondamentale :
Comment un ministère, des directions centrales et l’Agence nationale des médicaments peuvent-ils connaître à l’avance une pénurie et ne pas intervenir ?
Sommes-nous face à une défaillance administrative… ou à un mécanisme intentionnel pour contrôler le marché ?
Les marchés publics : un terrain propice aux contournements ?
Bouanou s’appuie sur des données officielles, indiquant que 50 % des appels d’offres ouverts en 2025 se sont révélés « infructueux ».
Cette constatation soulève une question majeure : l’échec des appels d’offres ouvre la voie aux autorisations exceptionnelles et aux négociations directes, mécanismes critiqués par Bouanou comme pouvant favoriser le conflit d’intérêts.
Il dénonce également :
-
Des critères techniques et financiers « injustes », excluant certains opérateurs,
-
Le recours ensuite à des marchés alternatifs,
-
La possibilité que ces conditions soient conçues non pour garantir la qualité, mais pour écarter certains concurrents.
L’Agence nationale des médicaments sous le feu des critiques
Bouanou pointe du doigt la gestion des dossiers de médicaments, certains “introuvables”, et accuse implicitement l’Agence nationale de transformer l’information en pouvoir, et ce pouvoir en privilège, ce qui pourrait déboucher sur des conflits d’intérêts.
Il met ainsi en lumière un dilemme connu dans d’autres secteurs : la concentration de l’information et du contrôle peut facilement se traduire par des pratiques opaques.
Messages politiques et limites de la surveillance parlementaire
Bouanou critique l’usage par le gouvernement de l’article 133, permettant de clore certaines discussions légales sur les dossiers sensibles, ce qu’il qualifie de couvercle politique sur un problème qui mérite ouverture et transparence.
Malgré les demandes répétées de son groupe parlementaire pour établir un mécanisme de vérification des faits, le gouvernement n’a fourni aucune information nouvelle, laissant Bouanou déclarer avec frustration :
« Nous n’avons rien entendu de nouveau. »
Cette situation soulève une question plus large : Le Parlement marocain peut-il exercer un contrôle réel sur un secteur aussi stratégique que la santé, ou ses marges de manœuvre sont-elles politiquement limitées ?
Conflit d’intérêts ou mauvaise gestion ?
Bouanou ne pointe aucun nom ni parti, mais ses observations dessinent un tableau inquiétant :
-
Des marchés répétés échouant sans explication,
-
Des critères qui limitent la concurrence,
-
Des dossiers de médicaments introuvables,
-
Des pénuries anticipées non traitées,
-
Des autorisations exceptionnelles appliquées de manière opaque.
La question clé demeure :
**Sommes-nous face à un conflit d’intérêts réel au sein du gouvernement ?
Ou simplement à une administration dépassée nécessitant une révision complète de ses procédures ?**
Conclusion analytique
L’intervention de Bouanou, malgré sa longueur et sa complexité, relance un débat crucial :
Qui protège véritablement la souveraineté pharmaceutique du Maroc ?
Les institutions réglementaires sont-elles capables de prendre des décisions indépendantes face aux pressions du marché ? Ou bien les mécanismes de transparence et de concurrence fonctionnent-ils à moitié, laissant place à des zones d’ombre préjudiciables à la confiance publique ?
Au final, le véritable enjeu ne se limite pas au contraste majorité-opposition. Il se situe entre le citoyen qui attend ses médicaments en temps voulu et un système de gouvernance opaque où les décisions clés peuvent être influencées par des intérêts privés.
La question qui reste en suspens :Qui profite réellement de cette opacité ?



