Comment une simple affaire d’achat de médicament devient-elle un scandale politique aux répercussions institutionnelles ? Ce dossier, soulevé par le député Abdelilah Bouanou, dépasse le cadre administratif pour interroger une relation de plus en plus visible entre pouvoir politique et intérêts économiques.
Car derrière l’accusation d’une transaction entre deux ministres du même exécutif, se cache une question fondamentale :
Les mécanismes de prévention des conflits d’intérêts au sein du gouvernement sont-ils réellement efficaces ?
Le Parlement réagit… sous pression publique
La Commission des secteurs sociaux de la Chambre des représentants s’apprête à auditionner le ministre de la Santé, Amin Tahrani.
Une initiative qui semble salutaire, mais qui révèle surtout un exécutif acculé par la pression médiatique et politique.
La demande d’audition, émanant du ministre chargé des relations avec le Parlement, Mustafa Baitas, montre bien l’intention de recentrer le débat dans un cadre institutionnel contrôlé, afin d’éviter toute amplification incontrôlée dans l’opinion publique.
Un flou stratégique autour de la transparence
La réponse du ministère de la Santé n’a rien dissipé. Au lieu de clarifier si l’entreprise du ministre de l’Éducation, Mohamed Saad Barada, a bénéficié de l’autorisation d’importation, le discours officiel s’est réfugié dans des considérations purement procédurales :
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Appels d’offres “transparents”
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Absence de “monopoles”
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Respect des “règles”
Seulement voilà :
Le respect des procédures n’efface pas les soupçons éthiques.
Un ministre peut-il — même légalement — tirer profit d’un secteur dont le gouvernement a la charge ?
Passer du cœur du problème (le conflit d’intérêts) à des détails techniques constitue une manœuvre politique classique : éluder le fond en occupant la forme.
Quand la santé devient un “ministère des marchés”
Qualifier la Santé de « ministère des marchés » — selon Bouanou — n’est pas anodin.D’autant plus que le médicament en question aurait été retiré des hôpitaux à cause d’un étiquetage en chinois illisible.
La question devient alors explosive :
La rentabilité commerciale impose-t-elle ses règles au détriment de la sécurité sanitaire ?
Dans ce cas, le médicament n’est plus un produit de soin…
mais un placement financier.
Une facture politique qui se prépare silencieusement
Sous l’angle électoral, l’affaire ouvre une brèche dans l’image du gouvernement Akhannouch.
Elle remet en cause la crédibilité :
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du Rassemblement National des Indépendants
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de plusieurs ministres accusés de cumuler autorités publiques et intérêts privés
À terme, la défiance des citoyens pourrait se transformer… en sanction électorale.
Conclusion
Cette affaire n’est pas une anomalie isolée.
Elle interroge le modèle de gouvernance :
Quand les décisions publiques croisent les profits privés,
alors la santé des citoyens devient une variable d’ajustement.



