samedi, janvier 24, 2026
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Entre diplomatie officielle et diplomaties parallèles… Lecture du discours de Mohamed Aujar

La présence de l’ancien ministre Mohamed Aujar dans l’émission « Hadith avec la presse » est survenue à un moment politique marqué par un renouveau notable du discours en faveur de l’unité territoriale. Ce qui frappe dans cet entretien n’est pas seulement le contenu des idées, mais la manière dont Aujar a réorganisé la carte des acteurs impliqués dans ce dossier, loin de la centralité exclusive de l’État.

Il était clair qu’Aujar parlait depuis sa position d’expert au sein des institutions internationales et en tant qu’observateur de l’évolution du langage diplomatique marocain.
Le discours n’était pas célébratif, mais descriptif, exposant les réalisations sans tomber dans un discours de victoire définitive ou de conclusion fermée du conflit.

1) La diplomatie officielle… Un centre de gravité toujours présent

Aujar a insisté sur le fait que le ministère des Affaires étrangères et l’institution royale constituent le cadre organisateur du dossier. Mais le point essentiel était que le succès international du Maroc ne repose plus seulement sur l’argumentation juridique et politique, mais sur la construction de l’image d’un État stable progressant calmement dans un environnement instable.

La question qui se pose ici : Le succès de la diplomatie officielle aujourd’hui tient-il à la force de ses arguments ou à la faiblesse du discours adverse, déjà épuisé sur le plan mondial ?

2) Multiplication des bras… D’un centre unique à un réseau d’influence

En évoquant le parlement, les syndicats et les associations, Aujar n’a pas fourni une description technique, mais une observation stratégique :
Les nouveaux acteurs dans la plaidoirie ne remplacent pas l’État, ils en sont l’extension sociale. Cela signifie que le dossier n’est plus un dossier « gouvernemental », mais un dossier de société politique.

Cependant, cette expansion pose la question de la cohésion :Comment coordonner les discours pour que la plaidoirie ne se transforme pas en voix parallèles au lieu d’une chorale harmonieuse ?

Aujar a laissé entendre que la gestion de cette diversité constitue en elle-même un travail diplomatique.

3) Amérique latine : le laboratoire politique le plus révélateur

Lorsque Aujar a parlé de l’Amérique latine, ce n’était pas un simple repère géographique. C’était la présentation d’un exemple d’arène entièrement acquise au Polisario pendant de longues décennies.

Aujourd’hui, le changement dans les équilibres d’influence au sein des parlements de cette région n’est pas un événement ponctuel, mais le résultat de :

  • Une présence marocaine progressive

  • La construction de relations avec les partis et mouvements ouvriers

  • Le démantèlement du discours de la « victime » dans lequel l’Algérie investissait

La question ici ouvre un horizon nouveau : Cette transformation est-elle durable ? Ou dépend-elle d’un moment politique susceptible de fluctuer avec le changement des gouvernements ?

4) La société civile : du rôle de récepteur à celui d’acteur

Lorsque Aujar a cité des initiatives civiles et des actions en matière de droits, il soulignait un point de transition fondamental : Il ne s’agit plus seulement de parler au nom de l’État, mais au nom des populations vivant dans le Sahara, en particulier les jeunes, les femmes et les acteurs locaux.

La valeur ici n’est pas seulement symbolique, mais discursive : Quand un citoyen vivant à Laâyoune parle, son discours n’est pas perçu internationalement comme une déclaration politique, mais comme un témoignage de vie. C’est ce qui manquait au discours marocain au cours des décennies précédentes.

Conclusion ouverte

Ce qu’Aujar a révélé lors de cet entretien ne se limite pas à décrire une réalité, mais oriente la boussole pour la prochaine étape : La défense de l’unité territoriale n’est plus une bataille de frontières, mais une bataille narrative.

La question centrale demeure : Comment protéger cet acquis de l’improvisation ? Et peut-on passer de la multiplicité des initiatives à une stratégie de discours unifiée sans supprimer la diversité des acteurs ?

La réponse est encore en construction. Mais l’entretien a montré que le Maroc est aujourd’hui mieux préparé pour gérer ces questions avec calme, confiance et un esprit ouvert aux évolutions. Et cela constitue en soi un changement digne d’attention.

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