Comme des études écrites pour être oubliées, et des milliards dépensés pour disparaître. Sur les étagères de nombreuses administrations publiques s’accumulent des rapports financés par le Trésor, sans jamais être exploités ni traduits en politiques concrètes. Ce n’est pas une simple négligence bureaucratique : c’est le visage feutré d’un rente institutionnelle déguisée, une économie parallèle qui se cache derrière le vernis de la “connaissance” et de “l’expertise”.
La récente mobilisation de l’Inspection Générale des Finances n’est pas anodine. Lorsqu’un État décide d’auditer des “études fantômes” ayant englouti des milliards, cela signifie que quelque chose de profond se fissure dans la gouvernance des deniers publics.
Il ne s’agit plus de simples irrégularités, mais d’un système où la dépense devient une fin en soi, où le document compte plus que le résultat.
Combien d’études répétées sur le même sujet, réalisées à prix d’or, dorment aujourd’hui dans des tiroirs poussiéreux ? La vraie question n’est pas ce qu’elles ont coûté, mais pourquoi elles ont été réalisées. Était-ce pour éclairer la décision publique… ou pour justifier une nouvelle dépense ?
Ce phénomène dépasse le champ de la corruption classique. Il révèle une culture administrative pervertie, où l’on préfère déléguer la pensée à des cabinets externes plutôt que de valoriser les compétences internes.
Et souvent, ces “experts” ne sont que les relais d’un réseau d’intérêts mêlant responsables publics et bénéficiaires privés, transformant la “consultation” en un instrument de redistribution déguisée.
Les enquêteurs ont même découvert des cas d’études plagiées à partir de travaux universitaires marocains restés inédits. Ainsi, la connaissance – fruit d’années de recherche – est recyclée en “produit commercial”, monnayée dans un marché de la fausse expertise.
Mais la question essentielle demeure :
Où étaient les organes de contrôle pendant tout ce temps ?
Comment ces marchés ont-ils pu être attribués et payés sans alerter personne ?
S’agit-il de dérives individuelles ou du symptôme d’un système bâti sur le silence et la complaisance ?
Ce dossier n’est pas qu’un scandale financier ; c’est un test moral et institutionnel.
L’audit de l’Inspection Générale des Finances peut marquer un tournant, à condition que ses conclusions soient rendues publiques.
Car la transparence n’est pas un luxe, c’est l’unique antidote contre un “rente” qui prospère dans l’ombre.
Au fond, le Maroc ne fait pas face seulement à une crise de gestion, mais à une crise de sens : celle d’un État qui doit choisir entre perpétuer le cycle du “rente déguisée” ou rompre avec une culture de l’impunité.
La question reste ouverte : Allons-nous enfin sortir de cette ère du gaspillage maquillé en expertise…
ou continuer à empiler les études pendant que les milliards s’évaporent ?



