Lecture sur la transformation communicationnelle de la politique marocaine
Entre l’idée et son auteur… qui possède le droit à la création politique ?
À une époque où l’image a plus de poids que le mot et où la diffusion dépasse la pensée, la politique marocaine connaît une transformation silencieuse mais profonde : un passage de la « politique de l’idée » à la « politique du copier-coller », de la réforme par la pensée à l’embellissement par la communication.
Il arrive qu’un journaliste ou un intellectuel crée une vision nouvelle, reconstruisant les ponts entre le citoyen et le politique. Rapidement, quelqu’un la saisit, la reconditionne dans un langage publicitaire doux, puis la présente au public comme une révélation tombée directement dans le programme de son parti.
Ici surgit la question essentielle : quand une idée est empruntée et vendue aux électeurs, la politique reste-t-elle un art de noblesse, ou devient-elle une industrie de l’illusion ?
Scène 1 : La naissance de l’idée
Dans les coulisses des discussions, naissent toujours de simples commencements. Une idée sincère, animée par le désir de redonner à la politique sa dimension humaine, un moment de vérité entre le citoyen et le responsable, où le discours ne tombe pas d’en haut, mais se construit parmi les gens.
L’idée était un projet pour revivifier la politique comme dialogue, non comme propagande. Mais elle tombe rapidement dans le piège de la « mise en scène communicationnelle », passant d’une vision intellectuelle à une scène électorale, d’une initiative sincère à une image polie, exposée dans une saison de marketing politique.
Scène 2 : De la réforme à la performance
Aujourd’hui, l’innovation en politique ne se mesure plus à la qualité de la pensée produite, mais à la visibilité obtenue. La caméra devient le siège de la décision, et le politique se mesure davantage à son audience qu’à sa réflexion.
Dans un monde de « tendances » et de « vues », la politique recule de l’espace du débat public vers la scène de la performance communicative, où les masques changent sans que les convictions ne changent, et où le succès se mesure par les applaudissements, non par le changement. De ce glissement naît la marchandisation de l’idée.
La pensée n’est plus un outil de persuasion, mais un objet de décoration. L’intellectuel n’est consulté que lorsque le politique a besoin de polir son image, pas lorsque le pays a besoin de clarté dans sa vision.
Scène 3 : Le silence qui parle
Quand une idée est volée, ce n’est pas seulement le droit moral de son auteur qui est spolié, mais sa sincérité première. L’intention née pour restaurer la confiance entre le peuple et la politique devient un outil pour construire la confiance entre le politique et l’urne.
D’où la question amère : une démocratie peut-elle mûrir si la pensée est troquée contre la loyauté et les intellectuels contre le silence ? La politique marocaine n’a-t-elle pas besoin d’une dose d’éthique avant de maîtriser les techniques de communication ?
Scène 4 : Quand l’idée devient miroir
Le problème n’est pas celui qui a volé l’idée, mais celui qui l’a permis. Dans un environnement où la créativité est un danger, la critique une opposition et l’initiative une rébellion, les esprits audacieux sont écartés et les voix familières célébrées.
La paradoxe : le politique qui emprunte l’idée d’autrui pour construire sa gloire sape son propre projet, car une idée volée est sans racines, tout comme une image brillante ne cache pas la fragilité de la lumière derrière elle.
Scène finale : Entre conscience et mémoire
En fin de compte, la question reste ouverte : qui écrit la mémoire politique au Maroc ? Les leaders qui maîtrisent l’art oratoire, ou les journalistes et intellectuels qui maîtrisent l’art de penser ? Peut-être est-il temps de redéfinir la relation entre pensée et politique, entre ceux qui produisent le sens et ceux qui le commercialisent.
Lorsque l’idée est réduite à la publicité, elle perd son message. Quand son auteur est écarté, la politique souffre de la cécité qui précède toujours la chute.
Conclusion : L’ère de la vitesse… et celle de l’idée
Nous vivons dans une époque rapide en tout… même en pensée. Mais les nations ne se construisent pas dans la vitesse, mais dans le sens.
Quand ce sens est kidnappé des journalistes et intellectuels pour être vendu aux électeurs, le renouveau devient un slogan joli sur un tas de déception. Mais la conscience ne se vole pas : les idées – peu importe qu’elles soient volées – reviennent toujours à leurs vrais propriétaires, ceux qui pensent quand les autres dorment et qui rêvent quand les rêveurs sont fatigués.



