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Rachid Belghiti … Le roi gouverne et l’intérieur exécute

Au Maroc, parler des élections ne se limite pas aux urnes ou aux noms des partis. Il s’agit d’un réseau complexe de relations et de dynamiques politiques qui façonnent l’action politique dans le pays. Le dernier discours de Rachid Belghiti n’était pas un simple commentaire sur un moment électoral : il constitue un miroir reflétant la réalité politique marocaine, la nature du pouvoir et la relation entre l’État et la société.

Le pouvoir entre royauté et exécution

Ce qui frappe dans les propos de Belghiti, c’est sa description de l’Intérieur comme le “parti majoritaire permanent”, une formulation qui soulève une question directe : existe-t-il au Maroc un véritable parti politique au pouvoir, ou ce sont les structures administratives et exécutives qui incarnent le pouvoir réel ? Belghiti n’apporte pas de nouveauté sur le rôle central de la monarchie, mais son analyse révèle le réseau de forces occultes qui régit le jeu politique, loin du regard populaire.

Cette idée se manifeste dans sa description de la gestion des élections : le calendrier électoral, les campagnes, les nominations dans les bureaux de vote, tout cela semble sous un contrôle minutieux qui masque l’identité du véritable acteur, tout en présentant uniquement l’image d’une démocratie renouvelée. Cette contradiction entre apparence et réalité fait des élections marocaines, selon Belghiti, une “charge fictive”, mais qui, en même temps, renouvelle l’espoir et l’attente chez le public.

Les élections comme espace symbolique

Si l’on considère les élections sous un angle symbolique, elles ne sont pas seulement un moyen de choisir des représentants, mais un outil pour masquer la véritable puissance et détourner l’attention des structures exécutives réelles. Belghiti indique clairement que les élections servent à cacher l’existence du parti majoritaire permanent, en réalité le ministère de l’Intérieur.

Une question cruciale se pose alors : pourquoi le système a-t-il besoin de créer cet écart symbolique entre le pouvoir et le peuple ? Est-ce pour préserver l’image de la démocratie, ou pour assurer la stabilité du pouvoir sans confrontation directe avec la population ? Et qu’en est-il des jeunes, qui cherchent une participation réelle et un véritable pouvoir de représentation ?

La jeunesse entre exclusion et colère

Le discours de Belghiti se croise avec une réalité sociale observable : la jeunesse, et particulièrement la génération Z, ressent qu’elle est exclue du cercle décisionnel et du développement. Par ses métaphores sur le “cirque” et le “pain”, Belghiti illustre l’équilibre entre divertissement et besoins fondamentaux. Le cirque – les grands festivals et stades – donne l’impression d’un dynamisme et d’une effervescence, tandis que le pain – les besoins essentiels et le développement socio-économique – reste moins visible ou conditionné par le contrôle des appareils exécutifs.

Cette divergence engendre un sentiment d’exclusion et de frustration parmi les jeunes, expliquant l’émergence de slogans tels que “Nous ne voulons pas de mendicité, la santé d’abord”, exprimant des revendications sociales concrètes dépassant la symbolique électorale. Malgré tout le mouvement et le bruit des élections, les jeunes n’ont pas de réel espace pour devenir acteurs de la décision et du développement.

Les caractéristiques du système marocain selon Belghiti

De l’analyse approfondie de son discours, plusieurs traits clés du système marocain apparaissent :

  1. Continuité exécutive : le ministère de l’Intérieur n’est pas un simple appareil administratif, mais un acteur permanent qui assure la pérennité de la vision du palais et la stabilité de l’État sur le long terme.

  2. Capacité à manipuler les symboles : élections, partis, campagnes, tout est utilisé comme des outils symboliques pour détourner l’attention du noyau exécutif réel.

  3. Flexibilité dans la nomination des acteurs politiques : la description des transferts entre partis révèle la capacité de ces acteurs à lire le vent politique et à adapter leur position pour garantir leur influence, partie intégrante d’une dynamique de contrôle et de maintien de l’apparence démocratique.

Lecture symbolique du paysage électoral

On pourrait dire que les élections marocaines fonctionnent comme une grande scène, remplie de symboles et d’événements destinés à reproduire l’image de la démocratie, tandis que les structures exécutives réelles agissent en coulisses. Belghiti emploie un langage symbolique précis pour décrire cette réalité et pose des questions profondes :

  • Qui gouverne réellement au Maroc ?

  • Comment le citoyen ou la jeunesse peut-il devenir un acteur réel dans ce système ?

  • Les élections sont-elles un outil de contrôle ou de responsabilité ?

Ces questions ne sont pas purement théoriques ; elles touchent le quotidien des citoyens et leur expérience de la politique et du développement.

L’économie politique du discours

La métaphore du cirque et du pain n’est pas anodine : elle constitue une analyse de l’économie politique du système marocain :

  • Le cirque : représentation des grands événements, symboles et divertissement qui créent l’impression de dynamisme.

  • Le pain : représentation des besoins essentiels, du développement et des projets impactant directement la vie des citoyens.

L’analyse de Belghiti montre que le focus sur le cirque au détriment du pain reflète les priorités du pouvoir dans la gestion de l’équilibre entre stabilité politique et pression populaire.

Au-delà du discours : questions pour l’avenir

Après cette lecture, la question reste ouverte : comment la jeunesse, consciente de cette dynamique symbolique, pourra-t-elle trouver sa place réelle dans la politique et le développement ?

Les mécanismes de participation moderne, comme les conseils locaux ou les plateformes numériques, peuvent-ils leur donner une influence véritable ? Ou le système continuera-t-il à préserver le parti majoritaire permanent, symbolique mais réel en coulisses, comme l’a décrit Belghiti ?

Enfin, le Maroc pourra-t-il rétablir l’équilibre entre cirque et pain, entre symbolique et réalité, afin de rendre la participation citoyenne tangible sans compromettre la stabilité de l’État ?

 

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