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L’amazighe entre texte constitutionnel et réalité : un communiqué qui met en lumière le fossé et interroge la responsabilité de l’État

Rabat – Dans un contexte marqué par des inquiétudes croissantes sur l’avenir de la langue amazighe au sein des politiques publiques, l’Association marocaine de recherche et d’échanges culturels et l’Organisation marocaine des droits humains ont publié un communiqué conjoint, à l’issue d’une rencontre tenue le 22 septembre 2025 au siège de cette dernière à Rabat.

Loin d’être une simple réunion institutionnelle, ce rendez-vous s’est voulu un moment de réflexion critique sur quatorze années de reconnaissance constitutionnelle de l’amazighe, mais aussi sur une mise en œuvre restée largement inachevée.

Depuis la Constitution de 2011, qui a reconnu le caractère officiel de l’amazighe, l’espoir était grand de voir ce principe se traduire par des politiques claires : intégration dans l’éducation, l’administration, les médias et la vie publique. Pourtant, plus d’une décennie plus tard, une question persiste : pourquoi l’amazighe reste-t-elle « en attente » malgré la clarté des textes ?

Un temps perdu et une responsabilité politique

Le communiqué n’élude pas la critique : il dénonce le retard considérable dans l’adoption de la loi organique n°16-26, promulguée seulement en septembre 2019, après huit années « d’attente pesante ». Une interrogation s’impose alors : qui porte la responsabilité de ce délai ? Est-ce le signe d’une hésitation politique ou d’un manque de volonté réelle ?

Mais au-delà du retard, plusieurs dispositions prévues par cette loi – notamment dans le domaine de l’éducation et de la vie publique – devaient être mises en œuvre dans un délai de cinq ans après sa publication au Bulletin officiel. Or, comme le rappellent les deux organisations, « ces délais sont arrivés à échéance sans résultats tangibles ».

Des institutions absentes ou paralysées

Le texte pointe également le blocage persistant de l’opérationnalisation du Conseil national des langues et de la culture marocaine, institution constitutionnelle censée protéger et développer les deux langues officielles, ainsi que coordonner les politiques linguistiques et culturelles. Ici surgit une nouvelle question : ce blocage est-il intentionnel, afin d’éviter un contrôle institutionnel sur les choix gouvernementaux ?

Parallèlement, le communiqué appelle à renforcer les prérogatives de l’Institut royal de la culture amazighe, dont le rôle semble limité au regard des attentes sociétales.

Une violation de la Constitution ou un simple problème technique ?

Les deux organisations se montrent catégoriques : il ne s’agit pas de simples obstacles techniques, mais bien d’une « violation explicite de l’esprit de la Constitution et des conventions internationales » ratifiées par le Maroc. Une affirmation qui interpelle : comment une disposition constitutionnelle peut-elle rester lettre morte pendant plus d’une décennie, sans mécanisme de reddition des comptes ?

La question budgétaire au cœur du débat

Le communiqué formule une recommandation forte : intégrer un budget dédié à l’amazighe dans la loi de finances, à l’image du budget sensible au genre. Le message est clair : sans volonté politique traduite en ressources financières et en échéances contraignantes, il ne peut y avoir de véritable promotion de l’amazighe.

Conclusion

Entre une Constitution qui paraît ambitieuse sur le papier et une réalité marquée par les lenteurs, l’amazighe apparaît aujourd’hui comme un test de la sincérité de l’État dans le respect de ses engagements constitutionnels et internationaux.

Reste alors une interrogation centrale : le gouvernement aura-t-il le courage politique de rattraper ce « temps perdu » ou l’amazighe restera-t-elle une promesse sans lendemain ?

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