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Stade Moulay Abdellah : quand le football du peuple devient un salon pour privilégiés

Le match du vendredi 5 septembre 2025 au Complexe sportif Moulay Abdellah n’a pas été une simple rencontre de football, ni même une fête pour célébrer la qualification de l’équipe nationale à la Coupe du monde ou l’inauguration d’un stade flambant neuf.

Ce qui s’est joué ce soir-là dépasse le sport : c’était une radiographie du Maroc des inégalités, un stade de classe mondiale, mais sans le public qui en fait l’âme.

Des gradins populaires au protocole du salon

Autrefois, les foules populaires escaladaient les murs du stade, affrontaient parfois les forces de l’ordre, juste pour vivre la passion de leur équipe favorite. Les gradins vibraient, l’énergie se transmettait aux joueurs, et le football reflétait l’élan collectif d’un peuple.

Aujourd’hui, accéder au stade est devenu un privilège réservé à une minorité : billets chers, nécessité d’une voiture, tenue élégante, ambiance policée. Le public ressemble davantage à celui d’un gala ou d’un défilé de mode qu’à des supporters passionnés. Résultat : un match sans ferveur, des tribunes aseptisées, une atmosphère figée.

Rien n’est le fruit du hasard

Ce glissement n’est pas le résultat d’un simple changement sociologique. Il est le produit de politiques délibérées qui transforment un espace populaire en un produit de luxe. Les mêmes politiques qui démolissent les quartiers modestes et déplacent leurs habitants ferment aussi les portes des stades aux plus démunis.

Même la retransmission télévisée a révélé le contraste : d’un côté, les images des buffets somptueux et des loges confortables ; de l’autre, un plateau télévisé minimaliste qui évoquait un café de quartier. Une fracture sociale mise en scène en direct.

La comparaison qui dérange

Le paradoxe devient plus criant lorsqu’on compare avec d’autres pays. Aux États-Unis, symbole du capitalisme libéral, l’État maintient malgré tout un minimum de protection sociale : transport public accessible, repas gratuits dans les écoles, infrastructures sportives et culturelles ouvertes à tous. Au Maroc, au contraire, l’État se retire progressivement de ses responsabilités, laissant le marché imposer sa loi jusque dans le domaine du divertissement.

Le Maroc à deux vitesses

Cet événement confirme le fossé grandissant entre le discours officiel et la réalité vécue. On parle d’un Maroc uni et solidaire, mais les politiques publiques creusent la distance entre les élites et les classes populaires. La capitale, avec ses quatre stades, devient un sanctuaire réservé aux privilégiés, tandis que Casablanca – ville du peuple par excellence – est écartée des grands investissements.

Un avertissement politique et social

Ce qui s’est passé le 5 septembre doit être compris comme un signal d’alarme. Si l’État poursuit son retrait, nous risquons de voir émerger un pays sans santé publique, sans école publique, sans transport public et, désormais, sans stades populaires. En clair : un pays où tout devient marchandise, et où le citoyen est réduit à un simple client.

Le football comme épreuve de vérité

Le football n’est pas seulement une question de stades modernes ou de tribunes flamboyantes. C’est un test politique et social : voulons-nous une société rassemblée autour d’une ferveur commune, ou des classes séparées par des barrières visibles et invisibles, nourrissant frustration et rancune ?

Conclusion

L’urgence aujourd’hui n’est pas de multiplier les projets de prestige, mais de réhabiliter l’État social, garant du minimum vital : santé, éducation, transport et loisirs accessibles. Car il n’y a pas de développement sans justice sociale, et aucune Coupe du monde ne peut avoir de sens si le peuple est exclu de ses propres tribunes.

Un pays n’est pas une entreprise, un citoyen n’est pas un client, et l’État n’est pas un commerçant.

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