L’apparition de l’ambassadeur de France à Rabat, Christophe Lecourtier, devant une carte intégrale du Royaume du Maroc n’était pas une simple coïncidence protocolaire, mais bien un signal politique soigneusement calculé.
La photo publiée sur les comptes officiels de l’ambassade sur les réseaux sociaux, montrant les provinces du Sud au sein du territoire national, ressemble à une déclaration explicite de l’adhésion de Paris à un nouveau discours : un soutien clair à l’intégrité territoriale du Maroc.
🇫🇷🌞🇲🇦 Et si vous commenciez la journée avec nous ?
🔊La rentrée à l’Ambassade de France au Maroc !Et vous, quel est votre premier geste quand vous arrivez au bureau le matin ? pic.twitter.com/RCq07Ea0gW
— La France au Maroc 🇫🇷🇪🇺 (@AmbaFranceMaroc) September 1, 2025
De l’ambiguïté à la clarté
Pendant de longues années, la position française sur le Sahara a été marquée par un langage diplomatique volontairement flou : un appui implicite à l’initiative marocaine d’autonomie, mais sans franchir le pas politique entrepris par Washington, Berlin ou Madrid. Cette hésitation a pesé sur les relations maroco-françaises et suscité à plusieurs reprises des interrogations à Rabat : pourquoi Paris tarde-t-elle à clarifier sa position ?
Aujourd’hui, Lecourtier porte la mission de corriger ce déséquilibre. Depuis sa nomination en 2022, il a multiplié les signaux en ce sens, culminant avec sa visite à Laâyoune en novembre 2024. Une visite qui n’était pas seulement protocolaire : il y a emmené cinquante chefs d’entreprise français, rencontré des élus locaux et des walis, et lancé des projets culturels et éducatifs.
Diplomatie de l’image et messages implicites
La récente photo de l’ambassadeur n’est pas qu’un simple décor diplomatique. Elle constitue une carte douce de pression pour redéfinir les relations bilatérales. Elle traduit l’annonce récente de l’Élysée : la France considère l’autonomie comme la seule solution au conflit. Dans le même temps, elle adresse un message à l’opinion et aux cercles de décision français, où la question n’était pas encore tranchée entre partisans du “flou stratégique” et ceux qui estiment que les intérêts économiques et politiques exigent davantage de clarté envers Rabat.
Après l’image : l’épreuve de crédibilité
Reste une question centrale : une simple photo de l’ambassadeur devant une carte suffit-elle à effacer des années d’hésitation ? Rabat, habituée aux promesses différées, attend désormais des actes concrets : des investissements renforcés dans les provinces du Sud, des positions fermes au sein de l’Union européenne et de l’ONU, et un soutien politique explicite qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté.



