samedi, janvier 24, 2026
AccueilActualitésAu cœur de l’Atlas : entre soif des villages et vision de...

Au cœur de l’Atlas : entre soif des villages et vision de réforme – la tragédie du Maroc oublié sous la loupe journalistique

Une scène quotidienne dans les montagnes de Béni Mellal et Azilal

Chaque matin, au cœur du Moyen Atlas, les habitants entament un périple ardu pour trouver de l’eau potable. Les femmes transportent des seaux sur de longues distances, les personnes âgées quittent leurs maisons à l’aube et les enfants font la queue en silence devant les sources et les puits.

Ces scènes ne sont pas des images isolées, mais reflètent une réalité tragique vécue par des milliers de familles dans les villages reculés, où les infrastructures et les services essentiels comme l’électricité, les routes, la santé et l’éducation restent des rêves lointains.

L’été 2025 n’a pas été différent des années précédentes, mais il a porté un cri plus fort. Dans les douars d’Aït Boukmaz, Boutferda, Ighridan et Ourbia, les habitants sont descendus dans la rue pour exiger l’eau, la santé, l’éducation et des routes, dénonçant des années d’oubli. Les images des enfants parcourant de longues distances pour atteindre le centre médical le plus proche, ou des femmes portant leurs enfants sur le dos pour aller chercher de l’eau, représentent un véritable cri d’alarme envers le gouvernement et les autorités locales.

Une tragédie récurrente et non naturelle

Ce qui est frappant, c’est que la crise de l’eau ne résulte pas uniquement de la sécheresse, mais reflète un manque d’exécution des projets locaux. Des projets d’eau inachevés ou suspendus, des routes défaillantes et l’isolement persistant, associés à des coupures fréquentes d’électricité et à l’absence d’internet, aggravent le quotidien des habitants.

Rachid Mansouri, parlementaire de la circonscription de Demnate, a souligné que ces manifestations “ne surgissent pas de nulle part” mais sont la conséquence d’années de projets non réalisés sur le terrain. Cette situation pose des questions sur l’utilisation des budgets alloués aux services essentiels et la transparence dans leur exécution, laissant le développement réel du terrain à l’état de théorie.

Le “droit à l’eau” face aux disparités régionales

Mohamed El Ghouloussi, président de l’Association marocaine pour la protection des finances publiques, a affirmé que la crise de l’eau dans les montagnes illustre clairement l’absence de justice régionale. Pour les habitants, obtenir de l’eau n’est plus une simple demande de développement, mais une question existentielle liée à la survie quotidienne. Le maintien de cette situation traduit l’incapacité des institutions élues à garantir les droits fondamentaux, ce qui affecte leur légitimité sociale et menace la paix locale.

Les témoignages des habitants des douars de Tinkarf, Tafert, Naït Hamza et des villages reculés de Demnate montrent la difficulté extrême de la vie quotidienne : “Nous nous levons avant le lever du soleil pour remplir les seaux. L’eau est devenue une tâche quotidienne qui consomme nos vies”, déclare une femme. Un ancien ajoute : “Nous demandons seulement de l’eau potable et une route qui nous relie à l’hôpital.”

Paradoxalement, ces villages vivent dans un quasi isolement, avec des coupures d’électricité fréquentes et l’absence d’internet, alors que l’État annonce des projets comme le “Maroc numérique”, qui restent de simples slogans sans effet concret.

Analyse politique et perspective critique

Le refus des autorités de reconnaître l’existence de villages privés d’eau, comme l’a affirmé le ministre de l’Intérieur, ouvre un débat sur la réalité de ces déclarations. La situation dans l’Atlas moyen montre clairement que des milliers de familles souffrent chaque jour, et que cette crise est le résultat d’accumulations d’années de négligence et d’absence de suivi effectif des projets de développement.

Ce constat soulève des questions sur les mécanismes de contrôle et de reddition de comptes, et sur la manière dont les fonds et ressources alloués aux secteurs essentiels peuvent avoir un impact réel sur le terrain. Sans suivi rigoureux, les projets d’eau, d’éducation et de santé risquent de rester symboliques, tandis que la vie quotidienne des habitants continue d’être pleine de défis et de dangers.

Expériences internationales et leçons à tirer

Les pays qui ont réussi à fournir de l’eau aux villages reculés offrent des modèles à suivre : forage de puits, exploitation durable des sources naturelles, construction de réseaux de distribution pérennes, création d’unités sanitaires mobiles et de écoles communautaires. La comparaison avec ces expériences montre que le Maroc pourrait améliorer la situation en mettant en œuvre des projets hydriques intégrés, en reliant ces projets aux infrastructures de base, et en impliquant les conseils élus et la société civile dans le suivi de leur exécution.

Solutions et cadre de réforme

  • Adoption d’une loi sur les montagnes : cadre obligatoire pour garantir la justice régionale et définir les responsabilités des autorités et institutions.

  • Développement des infrastructures : réhabilitation des routes, fourniture d’électricité et d’internet, extension du transport scolaire.

  • Projets d’eau durables : forage de puits, exploitation des sources, construction de réservoirs pour stocker l’eau, distribution équitable entre les zones.

  • Collaboration entre autorités et société civile : suivi de l’exécution des projets, reddition de comptes, garantie de continuité de l’approvisionnement en eau et des services essentiels.

Impact social et économique

Garantir l’accès à l’eau n’est pas seulement un enjeu humanitaire, mais un levier de développement économique et social. Les villages souffrant d’un déficit en eau, routes et connectivité ont du mal à développer l’agriculture, l’emploi des jeunes et l’éducation. À l’inverse, des projets durables ouvrent des perspectives d’amélioration de la qualité de vie, de justice régionale, d’incitation à l’investissement local et de réduction de la migration vers les villes.

Espoir et perspectives

Malgré l’ampleur de la souffrance, il existe une possibilité de changement. La mise en lumière journalistique de la crise de l’eau dans l’Atlas moyen peut devenir un catalyseur pour accélérer les réformes, inciter les autorités à suivre les projets de manière effective et lier le financement aux résultats concrets.

Les histoires quotidiennes des femmes, des anciens et des enfants ne sont pas seulement des récits de souffrance personnelle, mais un témoignage vivant de l’urgence de réaliser un développement équilibré. Avec une vision claire, une loi montagne contraignante et un suivi réel des projets, ces villages peuvent passer de zones oubliées à modèles de justice régionale et de développement durable, inspirant le reste du pays.

Conclusion :
Le Maroc oublié dans l’Atlas moyen vit une tragédie quotidienne entre la soif et l’accumulation des années de négligence. Mais avec une vision claire, une loi montagne contraignante et un suivi effectif des autorités et de la société civile, cette crise peut se transformer en une opportunité pour établir une véritable justice régionale et un développement durable, plaçant l’humain au cœur de toute initiative.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments