Malgré les slogans affichés autour de la « rationalisation des dépenses » et du « contrôle du déficit », le ministère de l’Économie et des Finances a révélé que le déficit budgétaire a atteint 55 milliards de dirhams à fin juillet 2025, contre seulement 40,2 milliards durant la même période de l’année précédente. Un chiffre record qui élargit la brèche financière et met les politiques publiques du gouvernement sous le regard critique de l’opinion.
Des recettes en hausse… mais des dépenses qui engloutissent davantage
Selon le document officiel du ministère, les recettes ordinaires nettes ont augmenté de 28,7 milliards de dirhams, atteignant un taux de réalisation de 57,4 % par rapport aux prévisions de la loi de finances. La plus grande part provient des recettes fiscales, estimées à 201,8 milliards de dirhams.
Mais en parallèle, les dépenses ordinaires ont grimpé à 213,9 milliards de dirhams (+25,1 milliards), tirées essentiellement par la hausse des dépenses de biens et services (+24,7 milliards) et des charges de la dette (+4,9 milliards). Quant à la caisse de compensation, elle a diminué de 4,5 milliards, suite à la réduction des subventions au gaz butane, au sucre, à la farine de blé tendre et à l’arrêt du soutien aux professionnels du transport routier.
Une dette intérieure qui pèse lourd
Le rapport indique une hausse de 5,7 milliards de dirhams des intérêts de la dette intérieure, alors que les intérêts de la dette extérieure connaissent un léger recul. Si ce choix semble renforcer la « souveraineté financière », il risque néanmoins de peser sur la liquidité nationale et d’augmenter le coût du crédit pour les entreprises et les ménages.
L’investissement… des chiffres sur papier ?
Les dépenses d’investissement ont atteint 60,8 milliards de dirhams (+3,5 milliards) avec un taux de réalisation de 57,6 %. Mais l’absence de détails précis sur la nature des projets réalisés soulève des doutes quant à l’impact réel de ces fonds sur l’emploi et le développement. Dans la rue, les citoyens ne constatent que des lenteurs persistantes dans l’amélioration des services publics essentiels : santé, éducation, transport.
Une austérité sur le dos des plus fragiles
Le point le plus préoccupant reste la réduction des subventions de compensation, avec un effet immédiat sur le pouvoir d’achat des ménages modestes et de la classe moyenne. Dans le même temps, la masse salariale continue d’augmenter, posant la question de l’équité dans la répartition des ressources : faut-il prioriser les équilibres macro-économiques au détriment de la protection sociale ?
La gouvernance en accusation
Le Fonds monétaire international a déjà appelé le Maroc à élargir l’assiette fiscale et réduire les exonérations qui privent le Trésor de recettes substantielles. Pourtant, les chiffres actuels traduisent la persistance des déséquilibres : gonflement des frais de fonctionnement, recul du soutien social, et manque de transparence dans les marchés publics.
Conclusion : des chiffres sans réponses
Entre le discours officiel qui promet de ramener le déficit à 3,5 % du PIB, et la réalité qui montre un déficit croissant accompagné d’une pression sociale accrue, une question demeure :
Le gouvernement dispose-t-il réellement des moyens et du courage politique pour engager une réforme budgétaire profonde ? Ou bien le citoyen ordinaire continuera-t-il de payer le prix de « l’austérité », pendant que les privilèges et le gaspillage perdurent aux plus hauts niveaux ?



