Le jeune enfant, orphelin de père et seul avec sa mère, ne s’attendait pas à ce que son voyage récréatif de Youssoufia au « Moussem » de Moulay Abdellah à El Jadida se transforme en cauchemar qui le poursuivra toute sa vie. Là-bas, il est suspecté d’avoir été victime d’un viol collectif par un groupe de personnes avec qui il a passé près d’une semaine entière dans le Moussem, avant de réaliser l’ampleur de la trahison et de la confiance perdue. D’une voix entrecoupée, il murmure à sa mère : « Je regrette d’être allé à ce Moussem. »
Cette courte phrase contient une tragédie qui n’est pas seulement individuelle, mais reflète une réalité plus large, mettant en lumière la fragilité du système de protection de l’enfance au Maroc.
L’incident révèle un écart entre des lois strictes criminalisant les abus sexuels sur les mineurs et leur application pratique, confrontée à de grands défis en matière de surveillance, de prévention et d’exécution des sanctions.
Le vide institutionnel et social
L’enfant n’était pas seulement victime des agissements des auteurs présumés, mais également d’un vide institutionnel et social. L’absence de surveillance adéquate lors des moussem et dans les espaces publics, ainsi que le manque de programmes de sensibilisation pour les enfants et leurs parents, rendent les mineurs plus vulnérables à l’exploitation.
Les associations de défense des droits, telles que « Ma Tqish Waldi » et « Injad », soulignent que des cas similaires se répètent chaque année, et qu’une très faible proportion des affaires parvient jusqu’aux tribunaux en raison de la peur de la stigmatisation sociale ou d’un suivi insuffisant par les autorités locales.
Analyse juridique : la double victimisation
« L’enfant devient doublement victime : d’abord de l’auteur, puis d’un système juridique et social qui affaiblit l’application des sanctions et favorise l’impunité. »
Il ajoute que l’absence de mise en œuvre effective des lois et le manque de surveillance des espaces publics exposent les enfants à une exploitation systématique. Selon lui, la solution ne se limite pas à l’arrestation des agresseurs, mais implique une réforme structurelle du système de protection de l’enfance.
L’impact psychologique et social
L’incident révèle également les conséquences psychologiques et sociales pour l’enfant et sa famille. L’enfant souffre d’une peur constante, de troubles du sommeil et du comportement, et pourrait rencontrer des difficultés scolaires à l’avenir. Sa mère, qui lutte seule pour assurer la vie de Karim, parle avec la voix étranglée par les larmes de la souffrance quotidienne de son fils :
« Ces gens ont abusé de mon enfant, je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait boire ou manger, maintenant il est constamment étourdi et somnolent, je veux qu’ils soient arrêtés et jugés. »
Ces mots illustrent un certain fatalisme social, où les victimes et leurs familles se sentent impuissantes face à un système incapable d’offrir une protection réelle. C’est une tragédie double : physique et psychologique, juridique et sociale.
Recommandations des associations et experts
Selon les experts et les associations spécialisées, les mesures proposées comprennent :
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Renforcer la surveillance lors des moussem et festivals : garantir la présence d’équipes de contrôle et la sécurité directe des enfants.
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Intégrer des programmes de sensibilisation et de protection de l’enfant dans les écoles : former enfants et parents aux mécanismes de prévention et de signalement.
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Appliquer strictement les sanctions : ne pas se contenter des lois écrites, mais assurer leur mise en œuvre rapide et efficace.
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Fournir un soutien psychologique et social aux victimes et à leurs familles : les aider à surmonter le traumatisme et à retrouver une vie normale.
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Promouvoir une culture contre la stigmatisation : encourager les familles à signaler les abus sans crainte d’exclusion sociale ou de honte.
Entre loi et réalité
L’incident du Moussem de Moulay Abdellah n’est pas seulement une tragédie personnelle, mais un test révélateur de la capacité de l’État et de la société à protéger les enfants. Entre des textes juridiques stricts et une réalité sociale non protégée, la question centrale demeure :
La protection de l’enfance restera-t-elle un simple slogan, ou deviendra-t-elle une pratique réelle protégeant les innocents de la double victimisation entre l’auteur et l’absence institutionnelle ?
Conclusion
La leçon de cette tragédie est claire : la protection des enfants au Maroc nécessite des efforts intégrés, combinant loi, surveillance communautaire, sensibilisation et soutien psychologique, afin qu’aucun moussem ou lieu récréatif ne devienne un théâtre de souffrance. Cette enquête met en lumière une réalité douloureuse, tout en proposant une feuille de route pour la société et les institutions afin de restaurer la confiance et protéger les enfants, qui représentent l’avenir et la dignité de la nation.



