samedi, janvier 24, 2026
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« Un appel au sérieux ou une critique implicite d’un système à deux vitesses ? »

Dans une tribune intitulée « Le sérieux, clé d’un pays qui ne peut avancer à deux vitesses », l’ancien ministre Aziz Rebbah revient sur les grandes lignes du dernier discours du Trône, dans lequel le roi Mohammed VI a clairement exprimé son refus de voir le Maroc continuer à fonctionner à deux vitesses — entre des régions bénéficiant d’investissements massifs et d’autres souffrant toujours de précarité et de fragilité structurelle.

Mais au-delà de la simple reprise des orientations royales, le texte de Rebbah, sous une lecture plus attentive, semble adresser des messages indirects – parfois critiques – à une gestion institutionnelle défaillante, à des pratiques ancrées, et à une classe politique souvent loin des standards de la « sérénité active » exigée.

Un discours sur le sérieux… et un échec répété à l’incarner ?

Issu de la première génération de ministres post-2011, Rebbah n’hésite pas à critiquer ce qu’il appelle l’« absence de sérieux », qu’il identifie aussi bien dans les choix de responsables, la planification des projets, la gestion du foncier que dans le comportement même de certains citoyens face à la chose publique.

Mais une question se pose naturellement : n’a-t-il pas été lui-même acteur de ce système qu’il dénonce aujourd’hui, pendant près d’une décennie ? Cette soudaine insistance sur la rigueur ne serait-elle pas une autocritique voilée, ou plutôt une façon de se désolidariser d’un nouvel ordre politique qui a marginalisé son parti ?

Des messages codés : à qui s’adresse Rebbah ?

Sans nommer explicitement quiconque, Rebbah emploie des formules évocatrices, pointant du doigt ceux qui bloquent l’investissement, manipulent les marchés publics, ou détournent l’aide de l’État à des fins électoralistes.

Quand il écrit : « La nouvelle dynamique royale ne peut être incarnée par des élus faibles ou corrompus », il s’attaque frontalement à un problème bien connu : la médiocrité d’une partie des élites locales, parfois élues grâce à l’argent, la tribu ou les réseaux clientélistes.

Cela soulève une autre question cruciale : si les élections engendrent parfois le pire, et si le manque de gouvernance est aussi dû à la corruption politique, pourquoi les partis naguère au pouvoir, dont Rebbah est issu, n’ont-ils pas agi pour réformer la machine de l’intérieur ?

Un Maroc unifié… ou fracturé entre centre et périphérie ?

L’insistance sur l’expression « un Maroc à deux vitesses », empruntée au discours royal, laisse entrevoir une reconnaissance tacite d’un échec structurel. L’écart entre Casablanca et Taounate, entre Rabat et Jerada, entre Tanger et Tinghir ne cesse de se creuser, malgré les milliards investis dans les grands chantiers.

Peut-on vraiment espérer corriger ces déséquilibres avec la seule vertu du sérieux ? Ne faut-il pas plutôt une rupture plus profonde, un véritable électrochoc impliquant les élites, les budgets, les mécanismes de répartition des ressources ?

Le citoyen… acteur du changement ou bouc émissaire ?

Autre point intrigant : l’appel de Rebbah à la responsabilité individuelle du citoyen – respecter les lois, éviter la fraude, servir l’intérêt public. Si cette injonction a une portée éthique, elle peut aussi être perçue comme une tentative subtile de partager la charge de l’échec avec les couches populaires.

Cela pose une tension de fond : peut-on demander au citoyen lambda de pallier les défaillances d’un système corrompu par le haut ? Ou s’agit-il là d’un discours politique classique visant à diluer la responsabilité ?

Conclusion analytique

La tribune d’Aziz Rebbah constitue indéniablement une lecture fine du discours royal, mais elle va au-delà du commentaire. Elle dénonce à mots couverts une gouvernance territoriale inéquitable, des élites locales peu qualifiées, et une perte de repères entre le politique, le technique et l’éthique.

Si le sérieux est la clé, comme le rappelle le roi et comme l’affirme Rebbah, encore faut-il commencer par le haut. Par un renouvellement des responsables, une meilleure gestion des projets, et surtout, une culture de la redevabilité.

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