vendredi, avril 3, 2026
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« 78 dirhams pour le butane et 3 dirhams par litre : l’État face à l’explosion des prix de l’énergie entre soutien temporaire et crise latente »

Dans un contexte où les chiffres semblent rassurants sur le papier mais préoccupants dans la réalité, Fouzi Lekjaa a annoncé que l’État marocain est entré dans une phase de « soutien renforcé » pour faire face à la flambée des prix de l’énergie. Il a précisé que le gouvernement prend en charge 78 dirhams pour chaque bouteille de gaz et accordera aux professionnels du transport une aide de 3 dirhams par litre de carburant. Mais ce qui apparaît comme une politique de protection sociale soulève en réalité des questions complexes sur le coût, l’efficacité et les limites de la durabilité.

D’un premier point de vue, les indicateurs internationaux sur lesquels se base cette annonce sont inquiétants : le pétrole a augmenté de 44 %, le gasoil de 75 % et le gaz butane de 38 % en très peu de temps. Ces sauts ne sont pas de simples chiffres isolés, mais reflètent une instabilité structurelle des marchés énergétiques mondiaux, liée aux tensions géopolitiques, notamment la guerre au Moyen-Orient, qui ont redessiné la carte de l’offre et de la demande et ont fait grimper le coût de production et de transport à l’échelle mondiale.

La véritable paradoxe réside dans le fait que l’État, au lieu de répercuter ces hausses sur le consommateur, a choisi d’absorber le choc via le budget public. C’est à ce niveau que surgit la question : sommes-nous face à une politique sociale protectrice ou à un simple report de la crise ?
Selon les données publiées, le soutien au gaz butane seul coûte environ 600 millions de dirhams par mois, celui des intrants de production d’électricité atteint 400 millions de dirhams, et l’aide au transport 648 millions de dirhams. Ainsi, le coût total avoisine 1,65 milliard de dirhams mensuellement, un chiffre lourd qui soulève la question des équilibres financiers dans un contexte économique mondial incertain.

Sur le plan de l’impact direct, ces mesures offrent un « souffle temporaire » aux ménages marocains, surtout aux couches vulnérables qui dépendent quasi exclusivement de la bouteille de gaz pour leur consommation quotidienne. Elles limitent également la transmission de l’inflation aux prix du transport, et par conséquent aux produits alimentaires et aux services. Cependant, ce « souffle » reste conditionné par la capacité de l’État à financer ces mesures, une condition incertaine si les prix internationaux continuent d’augmenter.

Sur un plan plus implicite, une question plus sensible se pose : qui bénéficie réellement de ce soutien ?
Malgré les propos sur « une meilleure ciblage » des professionnels du transport, les expériences passées ont montré qu’une partie de cette aide ne se traduit pas toujours dans les prix finaux, pouvant être absorbée par des intermédiaires ou utilisée pour compenser des pertes antérieures. En d’autres termes, l’État assume le coût sans que l’effet complet n’atteigne toujours le citoyen.

Dans le contexte de ce débat, un élément plus profond concerne le modèle énergétique marocain. La dépendance persistante aux importations rend le pays vulnérable aux fluctuations internationales et place les politiques publiques dans une posture réactive plutôt qu’initiative. Ainsi, le soutien se transforme d’outil temporaire à mécanisme quasi permanent, risquant de devenir un fardeau structurel pour les finances publiques.

Il est également frappant que le gouvernement, en affirmant « maintenir les prix aux niveaux d’avant-crise », reconnaît implicitement que le marché n’est plus capable d’assurer cet équilibre de manière autonome. Le recours à l’intervention publique n’est donc plus une option, mais une nécessité. Toutefois, nécessité ne rime pas toujours avec efficacité, surtout si elle n’est pas accompagnée de réformes parallèles dans les chaînes de distribution, la concurrence et la transparence sur le marché des hydrocarbures.

En définitive, les déclarations de Fouzi Lekjaa ne peuvent se lire uniquement comme l’annonce de mesures techniques, mais comme un signal d’une phase économique délicate : l’État dépense davantage pour stabiliser les prix, tandis que les doutes sur la résilience de cet équilibre persistent.

Sommes-nous face à une politique sociale de sauvetage indispensable, ou à un simple report d’une crise plus profonde ?
Et ce soutien deviendra-t-il un pont vers une réforme réelle, ou un « pansement » prolongeant l’existence de déséquilibres structurels non résolus ?

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