Le lundi 30 mars 2026, alors qu’il s’apprêtait à un voyage académique qui aurait pu marquer un temps fort de sa carrière, le Dr Maâti Monjib, historien et universitaire marocain, est devenu le symbole d’un nouveau protestation face aux restrictions judiciaires et administratives. Devant l’aéroport de Rabat–Salé, il a annoncé son entrée dans une grève de la faim illimitée, en signe de contestation contre l’interdiction arbitraire de quitter le territoire national, malgré la possession de tous les documents légaux pour se rendre en France, où il devait enseigner un cours académique à l’invitation de l’Université Paris 1 pendant deux semaines.
Ce simple événement apparait en surface anodin, mais il révèle un long parcours de restrictions judiciaires et de harcèlement politique et des droits humains que Monjib subit depuis plus d’une décennie.
Une longue série de restrictions dépassant le cadre légal
La crise de l’interdiction de voyager ne commence pas aujourd’hui ; elle s’inscrit dans un long processus de plus de 11 ans, marqué par des arrestations arbitraires, des poursuites judiciaires jugées comme abusives, la saisie de biens personnels et des interdictions répétées de voyager, même à des fins médicales ou humanitaires. Pour les organisations de défense des droits humains, il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais d’un épisode dans un schéma systématique de harcèlement.
Depuis 2020, Monjib fait face à une interdiction continue de voyager, tandis que ses biens – voiture, domicile et compte bancaire – restent saisis depuis plus de quatre ans, alors qu’il affirme publiquement que ces mesures outrepassent la loi, notamment l’article 160 du Code de procédure pénale marocain qui limite la durée de la surveillance judiciaire et de l’interdiction de voyager à deux mois, renouvelables cinq fois maximum, ce qui n’a jamais été respecté dans son cas.
L’interdiction de voyager : entre la loi et la réalité
Dans son enregistrement vidéo, Monjib a expliqué l’étendue du harcèlement :
« J’ai été empêché de voyager malgré un billet prêt et un passeport valide, et ce depuis 2020… Tout cela viole la loi et le sens du pardon royal. » (facebook.com)
Cette déclaration illustre le clivage entre le texte légal et son application réelle ; l’article du code de procédure pénale fixe des limites claires pour les juges, mais dans son cas, l’application s’est transformée en restriction permanente de liberté de circulation.
Les implications vont au-delà d’une simple interdiction administrative : il s’agit de harcèlement ciblant une voix indépendante et critique, ce que reflète le long parcours judiciaire et politique de Monjib.
Grève de la faim : protestation ou cri pour les droits ?
Le choix de la grève de la faim est à la fois un acte de protestation politique et un signal en faveur des droits humains ; il s’agit d’un moyen utilisé par ceux qui estiment que aucun recours légal ni procédure judiciaire ne peut assurer justice. Ce n’est pas la première fois que Monjib recourt à cette méthode, après avoir été empêché de voyager pour des soins médicaux ou des activités académiques.
Cette grève transforme l’affaire, qui pourrait sembler un simple conflit légal individuel, en combat public pour la liberté académique et la liberté d’expression, confrontant l’opinion publique à la question cruciale : La liberté d’un historien à voyager est-elle purement légale ou symbolique dans la lutte pour un espace de pensée critique au Maroc ?
Des dimensions implicites au-delà de l’interdiction
Empêcher Monjib de voyager n’est pas seulement une restriction administrative :
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Message aux intellectuels et activistes : il existe une limite tacite à la critique.
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Message à la société civile : certaines causes doivent être défendues publiquement.
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Message à la communauté internationale : la situation des libertés reste fragile, même avec des textes légaux clairs.
Entre loi et réalité : lecture analytique
D’un côté, la loi marocaine fournit un cadre réglementaire pour la surveillance judiciaire et l’interdiction de voyager ; de l’autre, la pratique dans son cas montre un cumul de mesures judiciaires appliquées au-delà des délais légaux.
Le dossier Monjib illustre l’intersection entre le droit à la mobilité et la liberté de pensée et d’expression : des procédures judiciaires supposées neutres se transforment en espace de confrontation politique et symbolique.
Conclusion : un test pour l’État de droit
Aujourd’hui, Maâti Monjib n’est pas seulement un historien empêché de voyager, il est un indicateur de la manière dont les textes légaux sont respectés face à l’exercice du pouvoir dans la société marocaine et de l’état des libertés académiques et politiques. L’interdiction et l’entrée en grève de la faim ouvrent la voie à un débat sur les limites de l’intervention judiciaire dans la vie privée et professionnelle, alors que sa carrière et ses engagements académiques sont menacés.
La question reste : la loi restera-t-elle un cadre réel de protection des droits ou sera-t-elle réduite à un symbole théorique ?


