dimanche, mars 29, 2026
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Quand le cinéma devient algorithme : qui écrit le scénario du pouvoir dans le Maroc numérique ?

En apparence, l’accord de partenariat signé entre Agence de Développement du Digital et Centre Cinématographique Marocain relève d’une simple mise à niveau technique inscrite dans la modernisation de l’action publique. Mais en profondeur, il révèle une mutation plus silencieuse et plus structurante : une redéfinition des rapports entre l’État et l’image, entre la numérisation et la souveraineté culturelle, entre l’industrie cinématographique et la logique des données.

Le communiqué officiel rattache cette convention au contexte du « Maroc émergent » et à la mise en œuvre du Nouveau Modèle de Développement, ainsi qu’à l’activation de la stratégie Maroc Digital 2030. Toutefois, au-delà de cette cohérence institutionnelle affichée, une interrogation plus profonde s’impose : s’agit-il simplement de moderniser les outils de gestion du secteur, ou d’une reconfiguration plus discrète des mécanismes de production du sens visuel au Maroc ?

L’accord met en avant la mise en place d’un système d’information « transparent et dynamique », la simplification des procédures et l’amélioration des services aux professionnels. Des objectifs attendus, presque consensuels, dans un secteur longtemps critiqué pour sa lourdeur administrative et l’opacité de certains mécanismes de gouvernance. Mais l’introduction du levier digital ne se limite pas à accélérer les délais : elle implique un déplacement progressif du pouvoir décisionnel vers la donnée — et, potentiellement, vers ceux qui la structurent.

Dans cette perspective, la numérisation cesse d’être un simple outil pour devenir une architecture de pouvoir. Car celui qui maîtrise la plateforme numérique influe, directement ou indirectement, sur les trajectoires de production, les priorités de financement et, peut-être, sur la fabrique même du « goût institutionnel » qui décide quels projets méritent d’exister.

L’accord intervient également dans un contexte international marqué par des transformations profondes du secteur audiovisuel : montée en puissance de l’intelligence artificielle, domination des plateformes de streaming et reconfiguration de l’économie des contenus. Dès lors, la question dépasse la seule modernisation administrative : comment préserver une souveraineté culturelle à l’ère des images globalisées et des algorithmes transnationaux ?

On peut ainsi lire ce partenariat comme un test stratégique pour les institutions marocaines : resteront-elles dans une logique d’optimisation des services, ou évolueront-elles vers une plateforme intelligente capable d’orienter et de structurer l’industrie cinématographique ? Et surtout, les professionnels seront-ils des acteurs de cette mutation, ou de simples utilisateurs d’un système conçu en amont ?

La signature de Mohamed Reda Benjelloun et de Amine El Mezouaghi confère à l’accord une légitimité institutionnelle claire. Mais elle ne tranche pas la question essentielle : où s’arrête la numérisation comme outil, et où commence-t-elle comme instrument de redéfinition des rapports de pouvoir dans un secteur aussi stratégique que le cinéma ?

Au fond, cette convention pourrait bien marquer un tournant discret mais décisif : celui du passage d’un cinéma administré par le papier à un cinéma piloté par la donnée… et, peut-être demain, par l’algorithme. La véritable question demeure : qui écrit le scénario de cette transformation ?

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