vendredi, mars 27, 2026
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L’enseignant proteste… et le gouvernement compte les chiffres: 100 milliards de dirhams suffisent-ils à convaincre les Marocains ?

Lors du point de presse hebdomadaire qui suit les réunions du Conseil de gouvernement, le porte-parole officiel, Mustapha Baitas, ne se limite pas à exposer un bilan chiffré des politiques publiques. Il construit, à travers ses interventions, une véritable narration institutionnelle autour de questions sociales centrales: l’éducation, les salaires, le pouvoir d’achat et, en filigrane, la question de la confiance envers l’action gouvernementale.

Baitas, également ministre délégué chargé des relations avec le Parlement depuis octobre 2021, s’impose comme l’un des principaux relais du discours gouvernemental, cherchant à inscrire l’action publique dans le cadre plus large du projet de “l’État social”.

L’éducation: une priorité stratégique entre ambition affichée et limites d’exécution

Le porte-parole a affirmé que la réforme du système éducatif constitue un choix stratégique, indissociable de toute réforme sociale. Selon lui, l’amélioration de la qualité de l’enseignement représente le socle du développement.

Cette orientation est appuyée par des chiffres significatifs: création de 90 000 postes entre 2021 et 2025, promotion de plus de 108 000 fonctionnaires, intégration des enseignants dans la fonction publique et introduction d’un grade d’excellence pour certaines catégories.

Cependant, au-delà de ces indicateurs, une question essentielle s’impose: ces mesures traduisent-elles une amélioration réelle de la qualité de l’enseignement, ou relèvent-elles davantage d’une réorganisation administrative sans impact structurel profond?

Un budget record… ou la force du récit chiffré?

Baitas a souligné que le budget de l’éducation avoisine désormais les 100 milliards de dirhams, un niveau présenté comme la preuve de l’engagement de l’État à faire de ce secteur une priorité nationale.

Mais l’analyse ne peut se limiter au volume des ressources mobilisées. Elle doit interroger leur efficacité réelle sur le terrain: amélioration des conditions d’apprentissage, réduction de la surcharge des classes, et revalorisation concrète du métier d’enseignant.

C’est précisément à ce niveau que se creuse l’écart entre le discours officiel et certaines perceptions du terrain.

L’enseignant au cœur du discours… mais au cœur de la réforme?

Dans le même esprit, le porte-parole a mis en avant l’importance du “Forum de l’enseignant”, présenté comme un espace de reconnaissance et de dialogue autour de la profession.

Si cette initiative témoigne d’une volonté symbolique de valorisation, elle soulève néanmoins une interrogation de fond: dans quelle mesure ces espaces de discussion se traduisent-ils en politiques publiques concrètes et durables au bénéfice des enseignants?

Soutien au transport: mesure conjoncturelle ou politique sociale durable?

Sur un autre registre, Baitas a défendu le mécanisme de soutien au transport, justifié par un contexte international marqué par la hausse des prix de l’énergie. L’objectif affiché est de préserver la stabilité des prix et de protéger le pouvoir d’achat des المواطنين.

Avec plus de 67 000 demandes enregistrées couvrant près de 95 000 véhicules jusqu’au 25 mars 2026, ce dispositif illustre l’ampleur des besoins. Mais il met aussi en lumière une dépendance aux mécanismes de compensation face aux fluctuations du marché international.

Entre réforme annoncée et contestation sociale: lecture syndicale et sociétale

Cependant, ce discours structuré autour des réalisations et des chiffres ne fait pas l’unanimité. Les syndicats et les acteurs du secteur éducatif proposent une lecture plus nuancée, voire critique, de cette “réforme profonde”.

Le secteur a en effet été marqué par des mouvements de protestation et des grèves, dénonçant notamment l’absence de consensus حول le statut des enseignants, ainsi que l’insuffisance des augmentations salariales face aux contraintes professionnelles croissantes.

Pour ces acteurs, l’intégration dans la fonction publique, présentée comme une avancée majeure, apparaît davantage comme une régularisation tardive que comme une réforme structurelle. Ce décalage soulève une question centrale: l’action gouvernementale est-elle proactive ou réactive face aux crises?

Dans cette perspective, le soutien au transport lui-même est parfois perçu comme une réponse conjoncturelle, atténuant les effets de la crise sans en traiter les causes profondes, notamment celles liées au coût de la vie et aux dynamiques du marché énergétique.

Ainsi, entre un discours officiel qui affirme la consolidation de “l’État social” et des attentes sociales toujours fortes, l’espace du doute et de l’interrogation s’élargit.

Conclusion: transformation structurelle ou gestion maîtrisée de la crise?

Les déclarations de Baitas dessinent l’image d’un gouvernement engagé dans un projet social ambitieux, appuyé par des indicateurs quantitatifs et des mesures concrètes.

Mais au-delà du récit institutionnel, l’enjeu réside dans la capacité de ces politiques à produire un impact réel et durable dans la vie quotidienne des citoyens.

Dès lors, une question fondamentale demeure:
assiste-t-on à une transformation progressive de l’État social, ou à une gestion pragmatique des équilibres d’une crise persistante?

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