Dès le premier jour du printemps, le ministère de l’Équipement et de l’Eau a annoncé que le stockage total des barrages avait atteint 72,15 % le samedi 21 mars 2026, un bond spectaculaire comparé à 36,59 % à la même date l’an dernier. Ce chiffre officiel reflète une relance hydrique inédite, transformant des années de sécheresse et d’inquiétude en une phase d’« sécurité hydraulique », avec des effets positifs attendus sur l’agriculture et l’approvisionnement en eau potable des grandes villes.
Analyse des bassins : répartition positive et reprise tangible
- Bassin du Loukkos : 91,92 %, Bassin d’Abi Reqqaq : 92 %, garantissant un approvisionnement stable pour l’axe urbain Rabat–Casablanca et les villages voisins.
- Bassin de Sebou : levier stratégique pour l’eau potable et l’irrigation, avec le barrage Al-Wahda représentant à lui seul un quart du stockage national, rendant tout plan de transfert ou d’irrigation plus efficace et équitable.
- Bassin Oum Er-Rbia : progression spectaculaire de 9,9 % l’an dernier à 55,99 %, tandis que le barrage Al Massira atteint 33,12 % après des années de sécheresse extrême.
Pour la première fois depuis des années, plusieurs barrages de petite et moyenne taille affichent un taux de remplissage complet, tels que barrage Al-Nakhla, Moulay Hassan Ben Mehdi dans le Loukkos, barrages Al-Chrif Idrissi et Dar Khroufa, reflétant la capacité du Maroc à gérer ses ressources avec précision et anticipation.
Que signifie cette abondance pour le citoyen ?
Officiellement, cette relance hydrique offre une marge importante pour programmer un irrigation régulière et éloigner le spectre des pénuries urbaines. Mais la réalité quotidienne pose une question critique : pourquoi cette abondance ne se traduit-elle pas par un soulagement pour le citoyen ?
Un constat frappant émerge :
- L’hiver arrive, les prix augmentent.
- La sécheresse frappe, les prix augmentent.
- La guerre éclate, les prix augmentent.
- Même en période de paix et d’abondance, les prix augmentent.
Ce schéma révèle que le citoyen reste le plus affecté, tandis que les indicateurs positifs, comme la sécurité hydraulique ou la stabilité politique, n’ont aucun impact tangible immédiat sur son quotidien.
Conclusion : l’abondance hydraulique est une opportunité… mais pas une solution automatique
Cette situation met en lumière la responsabilité des décideurs : cette abondance doit être l’occasion de renforcer les solutions structurelles, telles que la connexion des bassins, le dessalement de l’eau de mer et la rationalisation de la consommation, pour éviter de futures tensions hydriques.
Mais le citoyen a aussi besoin d’une politique des prix transparente et équitable, qui transforme cette abondance en soulagement concret, et non en simples chiffres sur papier.
Le Maroc vit ainsi une double équation : des ressources en eau abondantes, mais des prix toujours en hausse, pesant sur le quotidien. Le véritable défi reste de transformer cette abondance en sécurité réelle pour la population, et non en simple statistique officielle.


