lundi, mars 16, 2026
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La question de Mohamed Al-Azine : quand les prix des carburants deviennent une énigme… qui gouverne le marché au Maroc ?

Dans un moment politique et économique particulièrement sensible, la question écrite du député Mohammed Ouzzine dépasse largement le cadre d’une simple interpellation institutionnelle adressée à la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable. Elle s’impose comme un révélateur d’un malaise structurel plus profond, où se croisent enjeux de souveraineté énergétique, régulation des marchés et protection du pouvoir d’achat des citoyens.

En apparence, il s’agit d’un exercice parlementaire classique. Mais en filigrane, cette démarche met en lumière une tension croissante entre les dynamiques des marchés internationaux de l’énergie et la capacité de l’État à amortir leurs répercussions sur le tissu social national. La référence explicite aux orientations stratégiques impulsées par Mohammed VI, appelant à la mise en place d’un système intégré de stocks stratégiques, confère à la question une dimension institutionnelle forte, presque normative. Elle interroge implicitement le décalage entre la vision souveraine affichée et sa traduction opérationnelle sur le terrain.

Le cœur de la problématique repose sur une asymétrie perçue par l’opinion publique : la rapidité avec laquelle les hausses des cours internationaux se répercutent sur les prix à la pompe, contrastant avec la lenteur, voire l’inertie, observée lors des phases de baisse. Cette “double vitesse” n’est pas seulement une anomalie conjoncturelle ; elle soulève des interrogations sur l’efficacité des mécanismes de régulation, et sur la capacité du cadre légal — notamment la loi 09-71 relative aux obligations de stockage — à garantir un équilibre juste entre intérêts économiques et équité tarifaire.

Au-delà de la question des prix, c’est la gouvernance même du secteur énergétique qui est subtilement mise en cause. Qui détient réellement le levier décisionnel dans un marché officiellement libéralisé ? Le flou entourant le niveau réel des stocks stratégiques, ainsi que les divergences d’estimation, nourrissent une perception de déficit de transparence. Dans ce contexte, le stock stratégique, censé jouer un rôle de stabilisateur en période de turbulence, semble paradoxalement invoqué pour justifier des décalages de prix défavorables aux consommateurs.

Cette interrogation renvoie également à une fragilité structurelle persistante : l’arrêt de la raffinerie SAMIR. Bien plus qu’un simple actif industriel en suspens, son absence dans la chaîne de valeur énergétique nationale limite la capacité du Maroc à internaliser une partie du processus de raffinage, renforçant ainsi sa dépendance aux marchés internationaux et aux opérateurs externes.

En filigrane, la question parlementaire esquisse une problématique sociale majeure. Le prix des carburants, en tant que variable transversale, agit comme un multiplicateur des tensions inflationnistes, affectant directement et indirectement le coût de la vie. Dès lors, le débat dépasse la technique pour toucher à la justice économique : la répartition des charges liées aux fluctuations du marché est-elle équitable, ou tend-elle à privilégier les marges des opérateurs au détriment des ménages ?

En définitive, la portée de cette interpellation réside dans sa capacité à rouvrir un débat de fond sur le modèle énergétique national. Entre logique de marché et impératif de souveraineté, entre libéralisation et régulation, une question essentielle se pose : comment construire un système capable d’absorber les chocs externes tout en garantissant une protection effective du citoyen ? Plus qu’une demande de clarification, il s’agit d’un appel implicite à repenser les fondements mêmes de la gouvernance énergétique au Maroc.

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