Alors que les marchés européens affichent des prix stables, où 5 kilos d’oignons peuvent être achetés aux Pays-Bas pour environ 15 dirhams marocains, le Maroc connaît une flambée inédite des prix de ce produit de base, atteignant jusqu’à 16 dirhams le kilo sur les grands marchés, suscitant interrogations et inquiétudes sur les véritables raisons de cette hausse et son impact sur le pouvoir d’achat des consommateurs marocains.
« Demande ou spéculation ? »
La classique loi de l’offre et de la demande explique en partie la hausse, surtout pendant le mois de Ramadan, période où l’oignon est un élément central de la table marocaine. Mais les professionnels du secteur insistent sur le fait que le problème dépasse la simple augmentation de la consommation. La gestion des stocks actuels, basés sur la méthode traditionnelle dite « Al-‘Chach » sans réfrigération efficace, contribue à la rareté, malgré la production estivale précédente.
Hussein Adrador, président de la fédération professionnelle des producteurs et exportateurs de légumes et fruits, confirme que les quantités disponibles sont limitées et que quelques oignons espagnols se vendent à des prix inférieurs, soulignant que le marché local souffre de déséquilibres plus complexes que la seule rareté.
Intermédiaires et profits rapides
Mouhyi Archoun, secrétaire des paysans à Kiko, met en lumière le facteur décisif : le rôle des intermédiaires dans la hausse des prix. Les producteurs, ayant vendu leur récolte l’été dernier à 4 dirhams le kilo, assistent impuissants à la multiplication des prix dans les marchés de gros et de détail, tandis que les intermédiaires empochent des profits considérables.
Selon Archoun, les récentes pluies et dégâts sur les stocks ont accentué la rareté, mais l’effet principal reste la spéculation et la mauvaise gestion de la chaîne de distribution.
Rôle du gouvernement et contrôle limité
Abdelkarim Chafai, vice-président de l’Association marocaine de protection des consommateurs, décrit la situation comme le résultat direct de l’emprise des spéculateurs sur les maillons de la distribution agricole. Il note un écart pouvant dépasser 50 % entre les prix de gros et de détail et souligne que l’augmentation du prix de l’oignon n’est pas un cas isolé : tomates, concombres et autres produits locaux subissent également cette pression, interrogeant sur la réelle volonté de l’État de protéger le pouvoir d’achat.
Malgré l’existence de la loi n°104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence, l’activation des mécanismes de plafonnement reste limitée, laissant le marché vulnérable aux hausses soudaines et à la spéculation cachée.
Derrière le phénomène
Ce qui se passe au Maroc révèle la fragilité du système de commercialisation agricole. La combinaison des facteurs climatiques, du stockage traditionnel et de la demande saisonnière se conjugue avec les intérêts des spéculateurs, créant une équation inéquitable pour producteurs et consommateurs. Tandis que le consommateur européen bénéficie de prix stables, le consommateur marocain paie un prix trois fois supérieur pour un produit local, soulevant une question essentielle : pourquoi, dans un pays producteur, le prix de l’oignon dépasse-t-il largement celui pratiqué en Europe ?


