mercredi, mars 11, 2026
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Le médicament au Maroc au bord d’un déséquilibre grave… des milliers de pharmacies menacées de faillite et des rapports officiels tirent la sonnette d’alarme

À première vue, le marché du médicament au Maroc semble relativement stable, soutenu par un réseau dense de pharmacies et de distributeurs couvrant l’ensemble du territoire. Pourtant, une lecture attentive des données récemment révélées par le Conseil de la concurrence met en lumière une réalité plus fragile : un secteur stratégique dont l’équilibre économique devient de plus en plus précaire, avec près de 4 000 pharmacies aujourd’hui au bord de la faillite. Une crise silencieuse se dessine ainsi au cœur même de la chaîne de distribution pharmaceutique.

Le paradoxe d’une croissance sans rentabilité

L’un des enseignements majeurs du rapport concerne le paradoxe qui caractérise l’évolution du secteur. En effet, le chiffre d’affaires des distributeurs pharmaceutiques de gros a connu une progression significative au cours de la dernière décennie, passant d’environ 9,68 milliards de dirhams en 2016 à plus de 16,26 milliards de dirhams en 2024.

Cependant, cette croissance ne s’est pas traduite par une amélioration réelle de la rentabilité. Les marges nettes restent extrêmement faibles : 0,13 % en 2016 contre seulement 0,15 % en 2024. Ces chiffres illustrent une situation où l’augmentation des volumes d’activité ne garantit plus la viabilité économique des acteurs du secteur.

Un modèle économique sous tension

Selon le Conseil de la concurrence, cette fragilité trouve son origine dans le modèle de rémunération qui structure la distribution pharmaceutique au Maroc. Les distributeurs dépendent principalement d’une marge proportionnelle au prix du médicament comme source de revenu. Or, ce mécanisme ne reflète pas les coûts réels supportés par les entreprises dans une chaîne logistique complexe.

Transport, carburant, salaires, stockage et gestion des stocks représentent des charges en constante augmentation. Entre 2020 et 2024, les coûts opérationnels auraient ainsi progressé d’environ 36 %. Parallèlement, plusieurs médicaments ont vu leurs prix baisser à la suite de politiques de révision tarifaire, ce qui a mécaniquement comprimé les marges des distributeurs.

La comparaison européenne révèle l’écart

Afin d’évaluer la spécificité du modèle marocain, le rapport s’appuie sur une comparaison avec plusieurs systèmes européens. Dans des pays comme Belgique, Allemagne, Espagne ou Portugal, la rémunération des distributeurs repose généralement sur un modèle hybride combinant une marge proportionnelle au prix du médicament et une rémunération fixe par boîte distribuée.

Au Maroc, en revanche, la rémunération repose presque exclusivement sur une marge variable oscillant entre 2 % et 11 % du prix du médicament, sans compensation fixe par unité distribuée. Cette différence structurelle contribue à fragiliser davantage l’équilibre économique des distributeurs.

Le poids financier du “stock de sécurité”

Un autre facteur structurel identifié par le rapport concerne les obligations réglementaires liées au stockage. La législation impose aux distributeurs de maintenir un « stock de sécurité » équivalent à un mois complet de ventes de l’année précédente, couvrant au moins 80 % des médicaments autorisés sur le marché.

Si cette exigence répond à une logique de sécurité sanitaire et de continuité de l’approvisionnement, elle implique en contrepartie une immobilisation financière importante. D’autant plus que la rotation moyenne des stocks atteint environ deux mois et dix jours sur la période 2022-2024.

Des délais de paiement déséquilibrés

La pression financière s’accentue également en raison d’un déséquilibre dans les délais de paiement au sein de la chaîne de distribution. Les distributeurs règlent leurs fournisseurs — industriels et importateurs — dans un délai moyen de 81 jours, tandis que les pharmacies règlent leurs factures aux distributeurs dans un délai moyen d’environ 97 jours.

Ce décalage crée une tension permanente sur la trésorerie des distributeurs, aggravée par l’application asymétrique de la législation sur les délais de paiement : celle-ci concerne les distributeurs mais s’applique moins strictement aux pharmacies.

Beaucoup de pharmacies, mais un marché limité

Du côté des pharmacies, les indicateurs économiques confirment également une fragilité structurelle. Environ 90 % des pharmacies marocaines réalisent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 2 millions de dirhams, ce qui révèle la vulnérabilité économique d’une grande partie du réseau officinal.

Le Maroc compte environ 14 134 pharmacies pour 14 191 pharmaciens inscrits en 2025, soit pratiquement un pharmacien par officine. Malgré cette présence territoriale importante, la consommation de médicaments demeure relativement faible : environ 640 dirhams par habitant en moyenne en 2024.

Une rentabilité qui s’érode progressivement

Les données relatives à la distribution au détail montrent également une érosion progressive de la rentabilité. Le ratio du revenu professionnel rapporté au chiffre d’affaires est passé de 10,3 % en 2016 à 8,9 % en 2024.

Dans le même temps, le chiffre d’affaires global des pharmacies est passé de 11,12 milliards de dirhams en 2016 à 13,53 milliards de dirhams en 2024. Toutefois, le revenu professionnel n’a que légèrement progressé, de 1,16 milliard à 1,21 milliard de dirhams, ce qui confirme la contraction des marges.

Un marché structurellement déséquilibré

La structure du marché pharmaceutique marocain révèle enfin une forte disparité entre les officines. Près de 70 % des pharmacies réalisent un chiffre d’affaires annuel inférieur à 1,2 million de dirhams, tandis que 20 % se situent entre 1,2 et 2,5 millions. Les pharmacies dépassant 2,5 millions de dirhams de chiffre d’affaires ne représentent qu’environ 10 % du total.

Ces données dessinent le portrait d’un secteur profondément fragmenté, où la majorité des pharmacies évolue dans un environnement financier fragile.

Entre sécurité sanitaire et équilibre économique

Au final, l’ensemble de ces indicateurs esquisse les contours d’un système pharmaceutique confronté à des défis structurels majeurs. Entre exigences réglementaires, impératifs de sécurité sanitaire, hausse des coûts et marges limitées, l’équilibre économique de la distribution du médicament semble de plus en plus difficile à maintenir.

La question qui se pose désormais aux décideurs publics dépasse la simple gestion technique du secteur : s’agit-il d’apporter des ajustements ponctuels au système existant, ou bien d’engager une réforme plus profonde du modèle économique qui régit aujourd’hui la distribution du médicament au Maroc ?

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