La polémique suscitée par les déclarations attribuées au ministre de l’Industrie et du Commerce Ryad Mezzour continue de provoquer des réactions au sein des milieux associatifs, politiques et médiatiques, aussi bien au Maroc qu’au sein de la diaspora. Ce qui, au départ, semblait être une séquence vidéo relayée sur les réseaux sociaux, s’est progressivement transformé en un débat plus profond portant sur la nature du discours officiel adressé aux Marocains résidant à l’étranger et sur la place qu’occupent ces derniers dans les politiques publiques relatives aux « Marocains du monde ».
Alors que certains observateurs considèrent que ces propos relèvent d’une opinion personnelle dans le cadre d’un débat sur le retour des compétences marocaines, plusieurs organisations de la diaspora y voient au contraire un signal révélateur d’un problème plus large : la manière dont certaines élites politiques perçoivent la relation entre l’État et des millions de Marocains vivant hors du territoire national.
Dans ce contexte, l’organisation Dar Al Maghrib, basée dans l’État américain du New Jersey, a appelé le ministre à présenter des excuses publiques et explicites à la diaspora marocaine. Dans un communiqué, l’association estime que certaines expressions figurant dans les vidéos circulant en ligne ne correspondent ni au niveau de responsabilité d’un membre du gouvernement ni au discours officiel du Royaume, qui souligne régulièrement le rôle stratégique de la diaspora dans le rayonnement du Maroc.
L’organisation a notamment pointé du doigt l’utilisation présumée du mot « bzaaṭ » ainsi que l’expression française « Reste là-bas », interprétées par certains membres de la communauté comme des formulations susceptibles de minimiser la contribution des Marocains établis à l’étranger au développement national.
Pour les acteurs associatifs, la diaspora marocaine ne peut être réduite à une simple communauté expatriée. Elle constitue un capital stratégique multidimensionnel, tant sur le plan économique que culturel et diplomatique, compte tenu de son rôle dans la promotion de l’image du Maroc à l’international et dans le renforcement des liens économiques avec le pays d’origine.
Derrière cette controverse se profile cependant une question plus structurelle : celle de la relation complexe entre l’État marocain et sa diaspora. Aujourd’hui, les Marocains du monde ne représentent pas seulement une source de transferts financiers, mais également des réseaux d’influence, d’expertise et d’investissement dans de nombreux pays.
Les données économiques illustrent clairement cette réalité. En 2025, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont atteint un niveau record dépassant 118 milliards de dirhams, confirmant leur rôle essentiel dans le soutien aux équilibres macroéconomiques du pays et dans l’amélioration du pouvoir d’achat de nombreuses familles marocaines.
Dans ce contexte, certains représentants de la diaspora estiment que toute déclaration pouvant être interprétée comme une forme de dévalorisation symbolique risque d’avoir un impact sur la relation de confiance entre les Marocains de l’étranger et les institutions nationales, à un moment où les revendications en faveur d’une participation politique plus structurée de la diaspora se multiplient.
Face à la controverse, le ministre Ryad Mezzour a tenté de clarifier sa position en affirmant que ses propos avaient été sortis de leur contexte, précisant qu’ils visaient seulement certains cas isolés de comportements qu’il juge excessifs dans la manière de comparer les conditions de travail entre le Maroc et l’étranger.
Cependant, l’ampleur du débat révèle un malaise plus profond autour de la question du retour des compétences marocaines expatriées. Entre un discours officiel encourageant ce retour et les obstacles administratifs, économiques ou professionnels parfois évoqués par les expatriés, un espace de tension persiste.
Ainsi, ce qui semblait au départ être une polémique ponctuelle pourrait finalement se transformer en occasion de rouvrir un débat stratégique sur les politiques publiques destinées aux Marocains du monde, non seulement en tant que contributeurs financiers, mais également comme partenaires potentiels dans les domaines de l’innovation, de l’investissement et du transfert de connaissances.


