Au-delà des retards constatés dans la mise en service du nouveau marché de gros de Rabat, un élément politique vient désormais structurer le débat : la question de la reddition des comptes au sein même du Conseil communal.
Dans une publication récente, le conseiller communal d’opposition, Omar El Hayani, a indiqué avoir adressé une question écrite lors de la session d’octobre 2025 du Conseil de la ville au sujet du devenir du projet. Selon ses propos, le vice-président chargé du secteur n’aurait pas été en mesure d’apporter des éléments de réponse précis. Cette déclaration introduit une dimension institutionnelle au dossier : celle du dialogue – ou de ses limites – entre majorité et opposition autour d’un projet public d’envergure.
L’enjeu dépasse ici la simple polémique politique. Lorsqu’un investissement dépassant 1,2 milliard de dirhams demeure non opérationnel malgré l’achèvement annoncé des travaux, la question n’est plus uniquement technique ; elle devient également liée à la circulation de l’information, à la transparence administrative et à la capacité des instances élues à exercer pleinement leur mission de contrôle.
La remarque du conseiller met en lumière un possible décalage entre le calendrier budgétaire et la réalité du terrain. En effet, l’absence de prévisions de recettes liées au marché actuel dans les budgets 2025 et 2026 pouvait laisser entendre que l’ouverture du nouveau site était anticipée pour début 2025. Si tel était le cas, le report prolongé soulève logiquement des interrogations sur la planification financière et sur les ajustements opérés depuis.
Cette interpellation politique intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs ajustements structurels : transition vers un nouveau modèle de gestion destiné à dépasser le système traditionnel des mandataires, création d’une société de développement pour assurer l’exploitation, intégration tardive d’une zone logistique initialement absente du schéma de départ, et transfert du projet de Bouknadel vers Akrache dans un cadre décisionnel peu détaillé publiquement.
Dans ce paysage complexe, l’absence de date officielle d’ouverture renforce le sentiment d’incertitude. Certains responsables évoquent un chantier techniquement achevé, tandis que des élus affirment ne disposer d’aucune échéance formalisée. Cette divergence ne signifie pas nécessairement une contradiction structurelle, mais elle souligne un déficit de synchronisation institutionnelle qui alimente le questionnement public.
Au fond, la publication du conseiller d’opposition agit comme révélateur : elle rappelle que les grands projets urbains ne sont pas seulement des infrastructures physiques, mais aussi des objets politiques soumis au contrôle démocratique. La problématique n’est donc pas de désigner des responsabilités individuelles, mais d’interroger les mécanismes de gouvernance qui encadrent la transition entre l’achèvement d’un chantier et son activation économique réelle.
Le marché de gros de Rabat apparaît ainsi à la croisée de trois dimensions : investissement public massif, mutation du modèle de gestion et exigence croissante de transparence institutionnelle. Tant que ces trois paramètres ne convergeront pas dans un calendrier clair et partagé, le projet continuera d’alimenter interrogations et débats, bien au-delà de sa simple dimension commerciale.


