Les côtes de la région orientale connaissent, selon plusieurs professionnels du secteur de la pêche maritime, une recrudescence de pratiques de pêche illégale ciblant les jeunes poissons et les larves, une situation qualifiée de « grave atteinte écologique » menaçant directement l’équilibre biologique des zones de pêche locales.
Ces alertes, relayées notamment à travers des espaces professionnels et des publications circulant sur les réseaux sociaux — dont la page des marins pêcheurs de la pêche côtière à Jebha — mettent en lumière un phénomène devenu visible sur plusieurs segments du littoral, où l’exploitation non conforme semble s’intensifier sans contrôle suffisant.
Des pratiques interdites qui fragilisent le renouvellement des stocks
Selon les témoignages des acteurs professionnels, certains intervenants utilisent des filets à mailles réduites interdits par la réglementation en vigueur, provoquant la capture massive de juvéniles avant qu’ils n’atteignent l’âge de reproduction.
Ces pratiques sont observées, d’après des sources locales, au niveau de la lagune de Marchica, des plages de Beni Ansar, de la zone de Bougafar ainsi que sur plusieurs portions du littoral relevant de la commune de Ras El Ma.
Le problème ne se limite pas à la technique utilisée, mais s’étend aux quantités importantes d’anchois juvéniles commercialisées sur les marchés locaux, malgré leur taille non conforme aux normes biologiques. Cette situation alimente un circuit économique informel soutenu par une demande croissante.
Un impact économique et environnemental cumulatif
Les professionnels estiment que les ressources halieutiques de la région orientale enregistrent un recul notable du stock et une disparition progressive de certaines espèces autrefois abondantes.
Au-delà de la dimension écologique, cette dégradation affecte directement l’économie locale dépendante de la pêche côtière, qui constitue une source essentielle de revenus pour des milliers de familles.
L’extraction continue des jeunes poissons empêche le renouvellement naturel des stocks, ce qui pourrait conduire, à moyen terme, à une raréfaction structurelle des ressources marines et à une fragilisation durable du tissu socio-économique lié au secteur.
Critiques du dispositif de contrôle et appels à une intervention centrale
Dans ce contexte, Said Raïs, membre de la Chambre de la pêche maritime méditerranéenne, a exprimé des critiques directes à l’égard des autorités chargées du contrôle, estimant que les mécanismes actuels ne sont pas à la hauteur de la gravité de la situation.
Il appelle à l’envoi d’une commission centrale sur le terrain afin d’évaluer l’ampleur des dégâts et de renforcer les dispositifs de surveillance. Selon lui, plusieurs correspondances adressées aux autorités compétentes au niveau régional et provincial sont restées sans réponse opérationnelle concrète.
Cette lecture traduit un sentiment croissant chez les professionnels d’un déficit d’application effective des règles existantes, malgré la multiplication des alertes internes et des démarches administratives engagées.
Le consommateur comme maillon stratégique dans la solution
Au-delà du contrôle institutionnel, les observateurs soulignent que la persistance de cette pratique est également liée à l’acceptation du produit par certains consommateurs.
L’achat d’espèces de petite taille — même à prix réduit — contribue indirectement à maintenir la demande et à encourager l’offre illégale.
Ainsi, la protection des ressources halieutiques ne peut se limiter à un renforcement des sanctions, mais nécessite également une campagne de sensibilisation sur la consommation responsable et la responsabilité collective dans la préservation du patrimoine marin.
Une situation qui impose un changement de méthode
Face à l’évolution de la situation, les acteurs du secteur considèrent que la région orientale se trouve à un tournant : soit la gestion reste fondée sur des interventions ponctuelles, soit une approche structurée et proactive est mise en place pour garantir la durabilité des ressources.
La question dépasse le cadre des infractions individuelles pour toucher à l’organisation globale du secteur, à l’efficacité du contrôle et à la capacité des institutions à anticiper les risques écologiques.


