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Washington et les pressions stratégiques : un repositionnement algérien dans le cadre des négociations sur le Sahara

Un rapport publié par le centre de recherche américain Washington Institute for Near East Policy met en lumière un élément significatif dans la dynamique du dossier du Sahara : la menace de sanctions américaines contre l’Algérie en raison de ses acquisitions d’armements russes aurait contribué à encourager Alger à s’engager davantage dans le processus de négociation. L’analyse ne présente pas ce développement comme un événement isolé, mais comme le résultat d’un ensemble de facteurs géopolitiques liés aux tensions entre Washington et Moscou et à la centralité croissante du dossier sécuritaire dans les équilibres régionaux.

Selon le rapport, le débat au sein du Congrès américain autour de l’éventuelle activation de sanctions en vertu de la loi CAATSA — en réaction aux transactions militaires algériennes avec la Russie — a constitué un signal politique important. Ce signal a introduit un paramètre supplémentaire dans les calculs stratégiques d’Alger, où la question des partenariats militaires s’est trouvée liée aux dynamiques diplomatiques régionales. Pour le centre de recherche, la perspective de sanctions ne relevait pas d’une simple hypothèse théorique, mais d’un levier de pression réel susceptible d’influencer les orientations extérieures du pays.

Le rapport souligne également que l’Algérie, qui a longtemps affirmé ne pas être partie directe au différend et se limiter à un rôle d’« observateur régional », a adopté une posture différente en participant aux pourparlers de Madrid initiés sous médiation américaine. Cette participation marque, selon l’analyse, une évolution notable : elle reconnaît implicitement que toute solution durable au conflit nécessite l’implication des acteurs ayant un poids politique et stratégique sur le terrain, notamment en raison du soutien algérien affiché au Front Polisario et de la présence des camps de Tindouf sur son territoire.

Le centre de recherche affirme que l’intégration de l’Algérie dans le cadre des négociations n’était pas un choix secondaire, mais une nécessité structurelle. Le Front Polisario dépend largement du soutien politique, logistique et diplomatique algérien, ce qui rendrait illusoire toute tentative de règlement qui exclurait Alger du processus. Ainsi, l’approche américaine vise à réunir autour de la table le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario dans un format multilatéral placé sous supervision directe de Washington, traduisant une volonté de repositionnement américain comme acteur de médiation actif plutôt que simple soutien aux mécanismes onusiens traditionnels.

Le rapport s’appuie également sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui salue l’engagement des États-Unis à faciliter et à accueillir des consultations entre les parties concernées. Cette référence confère une légitimité internationale au processus en cours et inscrit l’initiative américaine dans le cadre du droit international, tout en ouvrant la voie à une diplomatie plus opérationnelle et graduelle.

Concernant les préoccupations algériennes, l’étude met en avant la question sensible des frontières comme élément central des calculs politiques internes. Toute évolution vers un règlement basé sur la proposition marocaine d’autonomie élargie nécessiterait, selon l’analyse, des garanties explicites quant au respect des frontières algériennes et à la préservation de ses intérêts sécuritaires. Cette dimension explique en partie la prudence d’Alger dans son engagement public tout en participant aux discussions.

Par ailleurs, le caractère confidentiel des pourparlers de Madrid reflète la complexité du dossier et la nécessité de mener des négociations progressives. Aucun résultat officiel n’a été rendu public à ce stade, ce qui suggère que les discussions portent encore sur la construction d’un terrain d’entente minimal entre les parties. Toutefois, plusieurs indicateurs internationaux laissent penser que la solution la plus évoquée demeure celle de l’autonomie sous souveraineté marocaine, d’autant plus que la résolution du Conseil de sécurité adoptée le 31 octobre 2025 a encouragé les parties à négocier sur la base de cette proposition en la qualifiant d’option réaliste et crédible.

En définitive, le rapport du Washington Institute établit un lien entre les instruments de pression géopolitique — notamment la question des sanctions liées aux armements russes — et l’évolution du positionnement algérien dans le processus de règlement. Le dossier du Sahara apparaît ainsi comme un espace où s’entrecroisent intérêts sécuritaires, équilibres diplomatiques et calculs stratégiques globaux. L’approche américaine semble privilégier une gestion concertée des acteurs plutôt qu’une imposition unilatérale de solution, dans une logique de construction progressive d’un compromis politique durable.

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